mardi 1 mai 2007

Soir d'orage et la pizza chocolabricot de monsieur Conticini

Hier soir, de grands éclairs ont zébré le ciel rennais tandis que je tournais fébrilement les pages d'un livre de cardiologie. L'orage a duré longtemps, de grosses gouttes de pluie ne cessaient de s'écraser sur le bitume, les flaques grossissaient à toute vitesse, les gens couraient pour s'abriter sous les arcades de la Poste (je suis sortie de mon bureau et je suis restée quelques minutes devant la baie vitrée du salon à observer tout ces mouvements d'eau, de gens). J'avoue, quand je suis revenue travailler, j'ai pensé à autre chose qu'aux valvulopathies.
J'ai pensé à une recette de "ragù al agnello" de Laura Zavan, une sauce pour les pâtes avec de la souris d'agneau, des tomates, du poivron rouge. Il y a tout ce qu'il faut pour en faire, je me suis dit qu'il faudrait faire la suggestion à G. et que s'il était d'accord, alors j'irai chercher des pâtes fraîches chez "les filles" (c'est comme cela que nous appelons une épicerie-traiteur-petite restauration du midi aux accents méditerranéens de la rue Vasselot tenue par trois filles très gentilles. Elles font une délicieuse focaccia aux légumes, des supions a la plancha extras, un sandwich légumes grillés/jambon de Parme/gorgonzola délicieux à savourer les yeux fermés en songeant à des vacances romaines).
J'ai repensé à la rencontre faite à Monop trois heures plus tôt. Alors que nous étions en train de déviser devant la pertinence de l'achat de blinis (conversation qui s'est rapidement résolue grâce à eva), un visage familier me sourit et vient me saluer sans la moindre hésitation malgré le "Je ne t'avais pas reconnue!" qui suivra le salut. Il faut dire que le jeune homme qui a déboulé sur nous est un ancien camarade de lycée et que je n'avais pas exactement la même tête en ces temps reculés. A cette époque-là, j'avais un méchant carré moche et quelques kilos de plus, c'était pas brillant. Je suis toujours un peu embarrasée par ce genre de rencontre, j'ai l'impression de n'avoir rien d'autre à dire que d'atroces banalités et j'ai un peu peur que mon interlocuteur se dise "Ben dis donc, ça s'est pas arrangé, elle est toujours aussi dérangée!" Cette angoisse me tachycardise et j'ai beaucoup de mal à me concentrer sur la conversation; il parle de droit constitutionnel, de DEA, je ne me souviens plus exactement et puis ces histoires juridiques je ne les comprends pas plus (que les notes artistiques de la juge biélorusse). Il m'est arrivé d'apprendre via internet ce que sont devenus d'anciens camarades d'école et ça me remue toujours beaucoup, sans que je sache vraiment pourquoi. C'est comme lorsque je rentre chez mes parents et que je croise au supermarché mademoiselle K. toute contente d'être enceinte ou que le journal local m'informe que la pire chipie de ma classe de sixième vient de s'unir avec le pire idiot des cinquièmes.
Alors que le tonnerre ne cessait de gronder, je me suis demandée aussi comment les gens justifient un vote à droite par les temps qui courent, comment peuvent-ils légitimer leur décision en la considérant sur un plan moral? En quoi des expulsions de sans-papiers, des dénonciations, un fichage ADN, une police omniprésente, peuvent-ils les rendre heureux? Quelle mesure de droite a contribué à améliorer leur confort? Penser que plus de seize millions d'électeurs cautionnent toutes ces idées nauséabondes me consterne.
J'ai préféré repenser à l'anniversaire de G. L'an dernier, par un heureux concours de circonstances, nous étions à Paris ce jour-là. Nous avions déjeuné chez Azabu, il y avait déjà des gens qui bronzaient sur les quais, nous avions bu un zenzoo pour nous rafraîchir avant d'aller voir l'expo Douanier Rousseau au Grand Palais. Le soir, chez une cousine de G. qui habite du côté de Bagnolet, nous avions dîné en terrasse et nous avions fait une orgie de pâtisseries de chez Sadaharu Aoki. Cette année, j'avais proposé à G., plutôt que de dîner au restaurant, de lui préparer tout ce dont il aurait envie. Il a beaucoup réfléchi, longtemps hésité, et pour le dessert son choix s'est finalement porté sur la pizza aux abricots de la page 114 des Tentations de Philippe Conticini. C'est un dessert tout ce qu'il y a de plus indécent tant il est bon; j'avais un peu peur de tout ces mélanges mais monsieur Conticini s'y connait et je finis par croire que les granola à la confiture de framboise de son dernier livre doivent finalement être fameux. Quant à la pizza, il s'agit d'une pâte parfumée au cacao, renfermant des éclats de chocolat au lait à la nougatine et des éclats de chocolat noir, recouverte de compote de rhubarbe sur laquelle il s'agit de répartir élégamment des oreillons d'abricots au sirop et un mélange de confiture d'abricots et de minuscules dés d'abricots secs. Quelques amandes effilées pour faire joli et puis un peu de crème crue à la sortie du four... J'en ai envie rien que d'y repenser!


La pizza chocolat, abricots et rhubarbe de Philippe Conticini
Les proportions qui suivent permettent de faire trois pizzas de 20cm de diamètre, je les ai divisées par deux pour faire une pizza de 24cm de diamètre, ce qui convient pour quatre personnes.

Pour la pâte à pizza
-18cL de lait demi-écrémé
-75g de chocolat noir à pâtisser
-375g de farine
-20g de levure de boulanger (j'ai mis un sachet de Briochin et ça a très bien marché)
-une cuillère à café rase de sel
-3cL d'eau tiède
-2 jaunes d'oeufs
-60g de beurre (si vous utilisez du beurre demi-sel -ce qui est mon cas-, vous pouvez supprimer le sel sus-cité)
-45g de miel liquide d'accacia
-60g de chocolat au lait à la nougatine en tablette
-30g de chocolat noir

Pour la garniture
-des oreillons d'abricots (une petite vingtaine)
-4 cuillères à soupe bombées de confiture d'abricots
-3 abricots secs taillés en cubes minuscules
-300g de compote de rhubarbe (j'ai utilisé de la compote sans sucre industrielle -ouh!- mais elle était très bonne. Si vous voulez celle de monsieur Conticini, il faut 250g de rhubarbe surgelée, 50g de sucre semoule, 3,5 cL d'eau et le jus d'un demi citron)
-3 cuillérées à soupe de mascarpone (que j'ai remplacées par de la crème crue)
-quelques fruits secs concassés ou des amandes effilées
-un peu de cassonade
-3 brins de romarin (que je n'ai pas mis)

Pour la pâte, faire fondre le chocolat à pâtisser dans le lait chaud.
Pétrir (grâce aux crochets de votre batteur électrique que vous n'aviez jamais utilisés jusqu'ici) la farine, le sel, la levure, l'eau, les jaunes d'oeufs et le miel.
Ajouter le lait chocolaté à ce mélange et poursuivre le pétrissage (pendant 4 minutes dit Philippe Conticini).
Ajouter le beurre et pétrir encore pendant 6 minutes.
Ajouter les chocolats restant grossièrement concassés.
Couvrir d'un linge et faire lever la pâte près d'une source de chaleur.
Quand la pâte a doublé de volume, l'étaler sur du papier sulfurisé (si vous avez respecté les proportions cela doit vous faire trois pizzas de 20 cm de diamètre), la recouvrir d'un linge et la laisser lever encore trois quarts d'heure.
Au bout de ce temps, recouvrir la pâte de la compote de rhubarbe, répartir les oreillons et la confiture préalablement mélangée aux dés d'abricots secs.
Saupoudrer de quelques amandes effilés et du romarin si vous avez envie et enfourner pendant douze à quinze minutes dans un four préchauffé à 210°.
Philippe Conticini ajoute le mascarpone une minute avant la fin de la cuisson, nous avons préféré napper d'un peu de crème crue à la sortie du four.
Comme il le dit lui même "Hou là là, c'est bon!"

En bonus, quatre livres dont j'aurais bien aimé parler dans le dernier billet parce que j'avais passé un très bon moment en leur compagnie.

13 Comments:

Blogger mingoumango said...

Moi non plus, je ne comprends pas cette France de droite... Les Français sont peut-être vraiment des veaux, comme disait l'autre...
J'adore le livre de Henri Calet, Jeunesses. Il trône sur l'étagère supérieure au-dessus de mon bureau, parmi d'autres de mes préférés. As-tu lu Le croquant indiscret ?
Mon sac RLH, c'est un sac shopping marron à fleurs noires. Ouf ! ;-)

02 mai, 2007 11:57  
Anonymous Patrick CdM said...

Moi qui ne fait jamais de patisserie, d'une part j'aime bien cette pizza, et je suis hyper flatté de ton lien vers Aoki, que j'aime beaucoup aussi, mais de là à envoyer les gens chez moi... tu es décidément très gentille!

02 mai, 2007 13:15  
Anonymous eva said...

Combien de clins d'oeil dans ce billet !
J'espère que tu t'es lancée dans la confection des blinis, c'est vraiment facile et tellement bon !

Pour le reste, ayons des idées positives et constructives jusqu'à la fin de la semaine ...

Cette pizza sucrée est tout simplement une débauche de gourmandise, il en a de la chance G. !

02 mai, 2007 13:29  
Blogger Gracianne said...

Franchement Patrick et Aoki ne se ressemblent pas du tout :) Je suis sure que Patrick ne sait pas faire de tartes au yuzu.
J'aime bien quand tu laisses divaguer tes pensees comme ca, l'air de rien, pour nous glisser au passage des choses qui t'importent vraiment. Attends donc la fin de la semaine avant d'emigrer.

02 mai, 2007 15:20  
Anonymous $ha said...

Qu'est ce que j'aime cette "pizza". Si seulement je pouvais en goûter un morceau!

02 mai, 2007 18:57  
Blogger Marmitedecathy said...

G. est vraiment un homme de gout (je sais je me répète) son choix de dessert me ravit totalement, ça fait longtemps que moi aussi j'ai envie de cette tarte !

02 mai, 2007 21:13  
Anonymous Lu Fanni said...

Quel bonheur toujours de te lire !

03 mai, 2007 19:55  
Anonymous paola said...

En effet, tu as fait le bon choix avec la pizza chocolabricot, très réconfortant un soir d'orage.

03 mai, 2007 20:48  
Anonymous Grand chef said...

On va gagner! on va gagner!

En attendant, j'ai quand même l'estomac trop noué pour penser à des pizzas au chocolat...

(et puis ne t'inquiète pas pour Léonard*, la ratatouille vapeur il a mis du gras de merguez dessus, sa santé ne risque rien)

04 mai, 2007 20:03  
Anonymous cuisineplurielle said...

sympa comme tout et une valeur sûre

09 mai, 2007 07:02  
Blogger Hélène (Cannes) said...

Ton blog fourmille de choses toutes plus agréables à lire les unes que les autres. je viens de naviguer
Quant à cette pizza, de quoi faire presqu'oublier les drames du moment !... ;o)
Bises
et à bientôt
Hélène de billet en billet, et je suis ravie de ce moment passé ici !

09 mai, 2007 07:55  
Anonymous Léna said...

Chez toi, je me sens en parfaite adéquation.
Pour le réconfort, même le chocolat ne m'aide pas cette fois...

09 mai, 2007 18:13  
Anonymous Cam said...

merci Patoumi pour ta sincérité politique... je ressens la même chose que toi.

10 mai, 2007 18:29  

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