lundi 18 juin 2007

L'esprit, la chair, et une tarte cacaotée amandes/abricots

Pour se changer les idées après les diverses péripéties qui conduisent dans des hangars désaffectés du bout du monde avec des semblables qui en fait ne nous ressemblent pas, on peut dans le désordre:
-rêver dans la grande verrière du Grand Palais devant les oeuvres tourmentées d'Anselm Kiefer.
-boire un jus de pamplemousse en compagnie de personnes précieuses et rares à l'Hôtel Amour.
-découper les pages de nouveaux livres de l'Epure; certains offerts par G. devant une île mystérieuse, d'autres commandés lors d'un moment de désarroi un après-midi de travail où les voisins du dessus avaient décidé de déménager et l'on voit ainsi passer, sur le rail du monte-charge placé juste devant la baie vitrée, un piano droit. Etonnant car si l'on entend souvent quelques bribes du feuilleton télévisé du mardi soir, aucune note de piano n'est jamais venue jusqu'à nous.


-aller goûter le porc à l'encre en buvant un thé blanc "sourcil de longévité" à la Maison de thé Tcha.
-aller reconnaître certaines des peluches de son enfance décapitées ou mises en charpie par l'étrange Annette Messager dans son exposition au centre Pompidou.
-s'installer à une petite table avec vue sur cour au Loir dans la théière pour déguster un délicieux club sandwich et une tarte à l'orange (enfin, il s'agissait pour moi d'une tarte aux fraises mais la tarte à l'orange de G., caramélisée sur le dessus comme un crème brûlée, était juste parfaite).
-siroter un jus mangue/carotte dans le joli salon de thé de la Halle Saint Pierre avant d'aller sourire devant les piscines à poules et autres dames montant à cheval à l'envers.
-après un thé fumé au café de la cinémathèque, être toute émue devant la photo d'Andrei Tarkovski sur son lit de mort. Lire qu'il aime s'intéresser à la vie qu'il y a dans le frisson d'une flaque d'eau et avoir le coeur qui se serre sans raison particulière.
-lire en retard les billets de ses blogs préférés et découvrir que le président de la ligue des blogs tout pourris me propose de répondre à un gentil questionnaire. Peut-être que ma participation pourrait accélérer mon inscription à la LDBTP?

Quatre emplois que j'ai occupés dans ma vie
Au risque de passer pour une terrible paresseuse, j'avoue que je n'ai jamais rien fait d'autre que du baby-sitting (et pas longtemps en plus).

Quatre films que je regarderai encore
Bon, je m'octroie le droit d'en donner plus pour compenser la question précédente!
Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) d'Arnaud Desplechin
Je me suis longtemps identifiée au personnage de Paul Dédalus, qui n'arrive pas à finir sa thèse, qui n'arrive pas à choisir entre trois femmes, qui n'arrive pas à grandir. Le film dure trois heures et les gens y parlent beaucoup mais je trouve qu'on ne s'ennuie jamais; en fait j'avais été soulagée en le voyant la première fois de voir que d'autres jeunes personnes pouvaient se perdre dans un flot ininterrompu de pensées tout en en ayant une certaine sensualité.


Annie Hall de Woody Allen
C'est le Woody Allen que je préfère. La première fois que je l'ai vu, c'était toute seule dans un minuscule cinéma de la rue Champollion lors d'adolescentes vacances parisiennes et j'ai tout de suite voulu le revoir.

Les aventures d'Antoine Doinel de François Truffaut
J'aime beaucoup Baisers volés et le moment où Delphine Seyrig fait tomber dans le goulot d'une bouteille la clé de la chambre d'Antoine Doinel après leur nuit ensemble mais j'ai une préférence pour Domicile Conjugal. J'adore le côté ludique de Doinel, son inconséquence et toutes les petites leçons du quotidien enseignées avec légèreté (comment beurrer les biscottes sans les briser, comment conserver plus longtemps des fleurs coupées).


Ma nuit chez Maud d'Eric Rohmer
Ou comment rendre terriblement sensuelles les théories de Pascal. Le verbe est recherché mais jamais compliqué et visiblement, Jean-Louis Trintignant ne sait pas faire le thé.


Conte d'été d'Eric Rohmer
Parce que


La première partie de Three Times de Hou Hsiao Hsien
Je suis trèèèèèès jalouse de Shu Qi qui allume les briquets, joue au billard et ferme des rideaux métalliques avec une grâce inouïe.

In the mood for love de Wong Kar Waï
Les robes, les nouilles, la pluie, la fumée de cigarette, le mystère, les secrets... tout me plait.


Marie-Antoinette de Sofia Coppola
Avec délicatesse et élégance, Sofia Coppola évoque tous les tourments de l'adolescence, l'élan, la volupté, l'impatience mais aussi la renonciation, les adieux, l'ennui, la séparation, la perte. Et je repense souvent au regard de Kirsten Dunst, collé à la vitre de la calèche qui l'emmène loin de ceux qu'elle aime.

Les amants réguliers de Philippe Garrel
Je n'aurais jamais pensé que le film se termine comme il se termine.


Le pont des arts d' Eugène Green
Encore un garçon qui n'arrive pas à finir sa maîtrise. Encore une fille qui n'arrive pas à grandir dans le monde tel qu'il s'impose à elle. Encore une histoire d'amour qui aurait pu et qui finalement pas. Le tout sur la belle musique de Monteverdi.


Je pourrais parler d'Antonioni et de La notte, de Bergman et de La Honte, de Claude Lelouch et d'Un homme et une femme... c'est sans fin.

Quatre émissions ou séries télé que je regarderai encore ou pas
En fait, je n'ai plus regardé la télévision depuis le premier tour des élections de 2002. La télé n'a plus qu'un seul intérêt ici, celui de visionner des dvd.

Quatre endroits où je suis partie en vacances
Le pays basque espagnol parce qu'on voulait à tout prix aller voir le musée Guggenheim de Bilbao. Il faisait un temps tout pourri et l'arrivée a été un peu perturbée par divers travaux urbains qui nous ont fait faire pas mal de détours avant de trouver une place sur un parking bondé. Heureusement, le restaurant du musée, qui sert la cuisine élaborée par Martin Berasategui nous a bien consolé avant d'attaquer la visite. Il y avait au menu des canneloni à la pintade, délicatement assaisonnés, terriblement fondants, absolument réconfortants.
Lisbonne et le sud du Portugal C'était un voyage un peu particulier avec un type très tarciturne qu'en réalité je n'appréciais pas vraiment. Nous avons fait de très longues promenades sous un soleil de plomb sans échanger un mot. Un rien ascétique. J'ai très envie de retourner là-bas avec G.
Venise Et le souvenir impérissable de l'arrivée au cimetière marin, désert et majestueux.
Mirissa Après une dizaine de jours passés à vadrouiller en tuktuk aux quatre coins du Sri Lanka, j'avais bien aimé rêvasser en lisant Proust sur la plage de sable blanc sous les cocotiers. J'avais partagé ma serviette de plage rose avec Edith, une israëlienne mariée à Jean, un londonien très interessé par la psychiatrie. Edith venait de quitter un très ennuyeux travail dans une entreprise de jouets et ces vacances étaient pour elle un repos à savourer avant de reprendre une vie qu'elle voulait plus apaisée (visiblement elle n'avait pas du tout envie de travailler plus pour gagner plus et elle avait bien raison).

Quatre endroits où j'ai vécu
Dans un camp de réfugiés à la frontière de deux pays du sud-est asiatique.
Dans un village vacances en bord de mer en attendant une régularisation de papiers.
Dans une petite commune du Morbihan.
Dans un appartement minuscule mais à poutres apparentes en bas de la Place des Lices.

Quatre choses que je fais quand je vais sur le net
Me tenir un peu au courant de la marche du monde avec Libé.
Rattraper des émissions radio.
Lire quelques blogs de filles tout en ayant un peu honte de le faire (mais après tout, je suis une fille!)
Me mettre en appétit avec les blogs de cuisine qui sont sûrement en train de souscrire à la LDBTP.

Quatre mets que je ne mangerai jamais
Disons plutôt quatre choses que je n'apprécie guère.
Les escargots
Les rognons de veau
Le melon au porto
La cervelle d'agneau

Quatre de mes mets favoris
Les langoustines avec des tartines au beurre salé.
Le canard laqué de ma maman.
Les sushis de G.
Les sandwiches club, aucun n'ayant égalé pour l'instant celui de Miremont.

Quatre endroits où j'aimerais être en ce moment
En fait je suis tellement contente d'être à la maison sans avoir à travailler (c'est fou comme mon bureau me parait grand maintenant que les livres de l'internat sont rangés dans le placard pour ne plus les voir) que je n'ai envie d'être nulle part ailleurs!

Pour accélerer mon inscription à la LDBTP, une recette qui j'espère plaira à la famile Ricorée, des tartelettes aux abricots dont la pâte cacaotée se marie très bien avec la frangipane et les abricots caramélisés.

Les tartelettes chocolatées amandes/abricots
Pour 4 tartelettes

La pâte sablée
-125g de farine
-75g de beurre froid en petits morceaux
-15g de poudre d'amandes
-1 grosse cuillère à soupe de cacao non sucré
-45g de sucre
-un demi oeuf

La frangipane d'après une recette de Rose Bakery
-63g de beurre mou
-63g de sucre
-63g de poudre d'amandes
-un demi oeuf et un demi jaune d'oeuf
-12g de farine

Les abricots caramélisés
-une douzaine d'abricots
-un peu de beurre salé
-3 cuillères à soupe de rapadura

Préparer la pâte au moins deux heures à l'avance.
Battre le sucre avec le demi oeuf dans un petit bol. Réserver.
Mélanger la farine, la poudre d'amandes et le cacao.
Ajouter le beurre et mélanger du bout des doigts pour obtenir un sable régulier.
Faire un puits et y verser l'oeuf sucré. Former rapidement une boule de pâte, la fimer et l'entreposer au réfrigérateur.
Pour la frangipane, mélanger le beurre et le sucre jusqu'à obtenir une texture crémeuse.
Ajouter les oeufs puis la poudre d'amandes et enfin la farine en mélangeant bien entre chaque ingrédient.
Laisser reposer pendant la préparation des abricots caramélisés.
Pour cela, couper les abricots en quartiers et les faire revenir à feu très doux avec le beurre et le rapadura jusqu'à ce qu'ils soient brillants et presque en compote.
Foncer les moules à tarte, répartir la frangipane, disposer les abricots et enfourner une vingtaine de minutes dans un four préchauffé à 180°.

24 Comments:

Blogger Flo said...

Tout bonnement sublimes ces tartelettes !

18 juin, 2007 13:41  
Blogger mingoumango said...

C'est amusant, on a pas mal de cinéastes en commun, mais pas forcément les mêmes films...
Si on m'avait dit, à l'époque où j'ai vu le film, que j'allais devenir une sorte de Paul Dédalus au fil du temps...

18 juin, 2007 13:53  
Anonymous Lisanka said...

On en apprend beaucoup sur toi. Andreï Tarkovski, tu as tout dit, pour moi, un peu de cette âme slave qui fait que je suis parfois si nostalgique et en même temps transportée par je ne sais quoi!
J'aime vraiment beaucoup ton billet.

Et quelle recette, mazette, j'adore!

18 juin, 2007 14:06  
Blogger Elvira said...

J'ai apprécié te connaître mieux... et faire connaissance avec cette tarte qui me fait terriblement saliver! :-)

18 juin, 2007 14:06  
Anonymous maycook said...

Quand je serai en panne de film, je saurai où me tourner!

18 juin, 2007 14:10  
Blogger Gracianne said...

Parce qu'il faut faire des tartelettes pour adherer a la LDBTP? Il n'avait pas mis ca dans le reglement Grand Chef.
Sinon, je suis contente de te retrouver vivante et gourmande apres toutes tes epreuves.

18 juin, 2007 14:36  
Blogger Rosa's Yummy Yums said...

Cette sublime tartelette m'intéresse! Je sauvegarde ta recette...

18 juin, 2007 15:03  
Anonymous eva said...

Quel plaisir de te lire ... et toujours de découvrir !

18 juin, 2007 15:39  
Anonymous aurélie said...

Que de films que je ne connais pas ! Des films que je vais voir c'est sûr, à commencer par "Comment je me suis disputée", c'est que j'ai de sacrées lacunes cinématographiques à combler dis donc ;-) Jolie recette et jolies rimes en "o" pour les 4 mets que tu n'aimes pas !

18 juin, 2007 15:43  
Anonymous Grand Chef said...

Eh ben moi j'ai adoré In the mood for love, mais je voudrais pas le revoir, juste m'en souvenir.

Et je boirai jamais du thé qui s'appelle 'sourcil'.

Et ta tartelette, ben j'en mangerai bientôt.

Et ton blog, sois heureuse, il est vraiment très très tout pourri ;o)

18 juin, 2007 17:36  
Anonymous Florence said...

Je suis contente de vous voir de retour. J'espère que tout c'est bien passé à Brest. Tentante, cette tarte!

18 juin, 2007 22:07  
Anonymous Vanou said...

Tout à fait d'accord pour le melon au Porto... D'ailleurs au Portugal il n'y a pas de ces petits melons à la chair orangée. Et puis ça gache le Porto. Essaye les fraises au Porto c'est bien meilleur !

19 juin, 2007 15:31  
Anonymous léna said...

Je le savais déjà que beaucoup de vos semblables ne vous ressemblent pas; cela se vérifie tous les jours...

Quand je vagabonde dans les éditions de l'épure, j'ai une pensée pour vous. La verveine, quelle façon choisirait-elle?

Bonne journée et pas d'angoisse dans l'attente des résultats!

20 juin, 2007 09:48  
Anonymous Cathy said...

contente de te retrouver par ici, et ma foi, tu as l'air assez en forme, on a quelques films en commun, d'autres que je n'ai pas vus, (j'ai l'impression que je suis pasée à côté du cinéma es dix dernières années !) et je m'en vais faire des tarelettes pour pouvoir adhérer à la LDBTP, et tant pis pour mon bikini !

21 juin, 2007 10:58  
Blogger mingoumango said...

Bon, moi c'est Louis Garrel qui m'insupporte. Comme ça, on est quitte ;-)

C'est bien ce que je dis : Michel est IRREMPLACABLE ! ;-)

21 juin, 2007 17:53  
Blogger Hélène (Cannes) said...

Annie Hall est mon film culte de Woodie Allen ! C'est aec un immense plaisir que je l'ai regardé sur le vol qui m'a ramené de New York à Paris !...
Bises
Hélène

21 juin, 2007 18:02  
Anonymous mickymath said...

quelle superbe tarte!! biises micky

21 juin, 2007 22:39  
Blogger Annellenor said...

Les photos de cette tarte sont un réel supplice c't'heure, vais-je trouver le sommeil ???

21 juin, 2007 23:11  
Anonymous $ha said...

J'adhère à tes tartelettes. Je m'imagine déjà fondre en croquant une part...

22 juin, 2007 10:48  
Anonymous Tiuscha said...

Quelle cinéphile ! On partage Rohmer et Lelouch mais je dois dire que je suis à la ramasse moi qui fréquentais assidument les salles obscures, étudiante... Avec des minettes et un mari très pris, pas facile...
La tarte est très belle frangipane et/ou crème d'amande, indispensables pour atténuer l'acidité des abricots cuits...
Je postule aussi...

22 juin, 2007 10:49  
Anonymous Sylvie said...

Ta tarte est magnifique !

22 juin, 2007 11:07  
Anonymous paola said...

J'ai des abricots en ce moment dans le jardin. Tu me donnes une très bonne idée...Tes tartelettes sont très appétissantes.

23 juin, 2007 17:12  
Anonymous Virginie said...

J'arrive un peu tard (c'est mon habitude). Je suis très émue par ce que je viens de lire. Je retrouve bien mes goûts dans tous ces films. Je me rends compte à quel point il me faut retourner au cinéma, moi qui étais une dévoreuse de films, qui y trouvais tant d'émotions, tant de mots, tant d'idées, tant d'images, de souffle(s)... je n'y vais plus car môssieurs gourmandises n'aime pas le cinoche, parce que devenue maman... enfin tout un tas d'excuses qui n'en sont pas vraiment au fond !
... Et la tarte. Juste ce qu'il fallait pour mes abricots !

20 juillet, 2007 23:24  
Anonymous Camille said...

quand même, nous avons quelques points communs. Des cinéastes et des films, des plats honnis ou adorés, en particulier.

03 septembre, 2009 13:54  

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