jeudi 2 avril 2009

Le genre de truc qui vous fait lever la nuit -un chat, une sonate, un gâteau aux pommes-

Quand on veut aller au cinéma à Rennes, plusieurs chemins sont possibles. On peut choisir de traverser la Vilaine, passer devant Léon le cochon dont s'échappe dans une désespérante prévisibilité la même odeur de viande chaude à l'huile (pour être honnête, la première fois que j'y ai mangé, c'était en compagnie d'une fille assez étrange qui portait un béret rouge et souffrait de maladies imaginaires. Absorbée par sa converstaion, je n'avais pas prêté attention au contenu de l'assiette. La seconde fois, c'était un dimanche soir avec G. -et le dimanche soir, dîner dehors est une chose assez compliquée à Rennes. Il y avait un restaurant indien qu'on aimait bien, même si tout n'y était pas bon, mais il a fermé depuis peu-. Il faut reconnaître que l'ambiance générale est un peu triste, je ne sais pas à quoi cela tient exactement. Ce soir-là, j'avais mangé de l'agneau, avec une sauce à l'ail vraiment pas mauvaise mais c'était sans éclat; on s'ennuie un peu, bouchée après bouchée), on tourne dans la rue Vasselot, on jette un oeil à la vitrine de la librairie pour enfants, on critique haut et fort un faux restaurant japonais (une pure imposture: des brochettes achetées à l'hypermarché asiatique du coin, du poisson de très moyenne qualité tranché par un quidam, un personnel occidental, une musique d'ambiance chinoise), on se dit que quand même, peut-être qu'il faudrait essayer le salon de thé et, si l'on n'est pas trop en retard, on s'arrête devant la vitrine de Même pas peur du loup pour choisir le prochain coussin ou la couleur de la carpe japonaise Madame Mo qui irait bien dans le salon (la rouge et rose, d'après moi). Au bout de la rue, on aperçoit les vitres immenses du TNB et parfois, la queue de jeunes gens au sein desquels ma soeur ne déparerait pas, qui attend l'ouverture de l'Ubu.
Même si j'ai beaucoup d'affection pour le TNB (j'y ai vu Isabelle Huppert dans une pièce de Sarah Kane et Jeanne Balibar qui m'avait trouvée bien jeune pour aimer Desplechin), j'avoue que je trouve le bâtiment très laid avec son petit côté soviétique qui le rend franchement déprimant les jours de pluie. Pour accèder aux salles de cinéma il faut monter un interminable et immense escalier en colimaçon qui me rappelle chaque fois que je devrais faire davantage d'exercice physique. A l'étage au-dessous, il y a un restaurant que je ne recommande à personne même si vous pourriez être tentés par les grands lustres et la vue sur la rue. J'y suis allée un mercredi soir avec S., avant un séminaire de psychanalyse et après que S. ait subi, non sans son habituelle appréhension en cette occasion,une séance réussie chez le coiffeur. Il portait ce soir là une jolie chemise et une veste en velours. Il fallait faire vite mais on a quand même eu le temps d'affronter la malveillance du serveur (qui nous rudoie pour qu'on change de table ou qui ne révèle qu'en fin de repas que le vin servi n'était pas celui demandé), de constater l'amertume du foie gras et l'exceptionnelle insapidité du parmentier de poisson.
Il y a deux salles de cinéma au TNB et dans la plus grande d'entre elles, j'ai vu le dernier film de Sophie Fillières qui est très précisément le genre de film que j'aurais fait si j'avais pu en faire. Heureusement, il y a des gens qui s'en chargent pour moi. J'ai beaucoup aimé la désinvolture pleine de doute de Chiara Mastroianni, son anniversaire, son ordinateur, ses séances d'analyse et sa façon de casser les oeufs (par contre pour le marbré au chocolat, je me fierais plutôt à cette recette-là). Il y a aussi une jeune fille, une khâgneuse qui porte des jolis foulards, danse avec classe et pense à apporter des petits goûters. Allez-y un dimanche après-midi avant de boire un chocolat chaud dans votre tasse préférée accompagné d'un croissant fondant et délicatement beurré (ce qui n'était pas précisément le cas du mien, acheté chez Cozic. Il était bon mais force est de constater que pour l'instant, le meilleur croissant rennais reste celui de la boulangerie rue de Paris (la petite, rouge et jaune, surtout pas l'autre, orange et noire)).


Sinon, un autre chemin possible pour aller au cinéma est de remonter la rue Edith Cavell et de longer le Parlement pour prendre la rue Hoche. Une halte attentive est recommandée devant la vitrine bleue et élégante du Chercheur d'Art (peut-être que vous serez tentés de vous arrêter aussi devant celle de la boutique colorée d'à côté mais si vous vous approchez suffisamment, vous verrez que ce déluge de couleurs et de motifs n'est pas des plus convaincants) où vous aurez envie d'un livre sur Lewis Caroll ou de celui avec les photos de Gisèle Freund. Si l'heure s'y prête et si l'envie vous vient, vous pouvez vous arrêter au Nabuchodonosor où il arrive de déguster ce genre de chose:


Après, il faudra prendre la rue de Bertrand et supporter ses objets de convoitise (une guirlande Tsé-Tsé, une étole rose, du parfum Dyptique). Au bout de la rue, vous tournez à droite et vous avancez jusqu'à l'Arvor, le fidèle refuge des mes premières années de médecine. L'adorable ouvreur chinois n'est plus aussi présent (et je n'ai donc pas à trouver une réplique acceptable lorqu'il se moque gentiment des films de Rohmer "Mais personne ne parle comme ça dans la vie!" ou de Tsaï Ming Liang ("Ils passent leur temps à manger des nouilles!") et il y aurait beaucoup à faire pour rendre le lieu plus vivant (créer un bar à l'étage par exemple) mais bon, là aussi, j'ai eu des émotions mémorables et dimanche dernier, j'ai été toute retournée par le film d'horreur de Kyoshi Kurosawa que seule une pièce de Debussy viendra adoucir. Dans Tokyo sonata des désirs se révèlent, des femmes se perdent pour mieux se retrouver, des garçons apprennent le piano sur des claviers silencieux, les mensonges s'accumulent jusqu'à écraser ceux qui les formulent. Allez-y vite!


La part de gâteau sur la première photo est l'ultime rescapée d'un délicieux gâteau aux pommes dont la recette est issue de la toujours inspirée Smitten kitchen. Je l'ai fait avec des minuscules pommes acidulées trouvées au marché de la Place Saint-Germain et du sucre demerara, goûteux et parfumé.

Pour un beau gâteau ou une douzaine de muffins
-130g de farine T110
-100g de farine T65
-100g de beurre salé bien mou
-85g de sucre roux
-25+60g de sucre demerara
-1 oeuf
-250mL de lait ribot
-1 cuillère à soupe de cannelle
-1 cuillère à café de levure
-4 pommes épluchées et coupées en gros dés

Mélanger les farines, la levure et la cannelle. Réserver.
Fouetter le beurre avec le sucre roux et 25g de sucre demerara. Ajouter l'oeuf puis le lait en mélangeant bien entre les deux.
Incorporer délicatement le premier mélange (ce n'est pas grave s'il reste des grumeaux) et ajouter les pommes.
Verser dans le moule et saupoudrer la surface du gâteau avec le reste de demerara.
Faire cuire une trentaine de minutes dans un four à 180°.
Très bon avec un peu de crème fraîche épaisse.

24 Comments:

Blogger the_young_dude said...

on m'avait dit que je ratais plein de bons films en n'étant pas en France en ce moment... c'est donc confirmé.

02 avril, 2009 02:39  
Blogger Gwen said...

J'ai la même certitude...

Mais, dans ces pages, j'essaie de m'en consoler...

Après Gracq qui a décrit la forme de Nantes, voici une très agréable visite guidée de Rennes par Patoumi...
Dans mes souvenirs, j'essaie de retrouver ces itinéraires. Les enseignes ont changé depuis que je m'y promenais... un croissant monté en broche sur mon manteau...

02 avril, 2009 04:48  
Anonymous Tiuscha said...

Séance ouverte pour un cinéphile... Dire que j'allais 3 ou 4 fois au cinéma quand j'étais étudiante et que dans ma micro salle du fin fond de ma campagne, je me contente des films populaires. Pour l'heure, après une absence plurimensuelle en salle sombre, je rêve juste de Clint Estwood, mais j'irais bien écouter une sonate aussi...

02 avril, 2009 08:05  
Anonymous Stéphanie said...

L'Arvor a aussi été le "fidèle refuge" de mes premières années à Rennes, quand j'habitais la rue St Melaine. Et il a aussi été le lieu d'"émotions mémorables"... Encore un bien joli texte...

02 avril, 2009 08:14  
Blogger les chéchés said...

marcher dans les rues de rennes en s'attardant devant un joli foulard ou quelques livres pour enfants, une carte de restaurant alléchante ou la robe d'été... un chat un chat est au programme, le gâteau pour prolonger ce moment -repenser à son anniversaire et au marbré tellement tentant.

02 avril, 2009 10:33  
Anonymous bache said...

Tiens, nous empruntons le même itinéraire pour nous rendre au TNB. J'aime beaucoup la rue Vasselot, ses petites boutiques et restaurants. En fait, c'est tout le sud de république que j'aime bien.
Ta phrase sur l'escalier en colimaçon m'a fait sourire.. quelle idée de faire un tel escalier, il semble interminable et me donne à chaque fois le vertige. Je pourrais commenter chaque petite phrase, tant elle me parlent toutes :)
Bonne journée.

02 avril, 2009 12:33  
Anonymous Nath said...

J'ai aussi beaucoup aime Tokyo Sonata. L'audition du fils cadet a la fin etait particulierement emouvante, d'autant plus qu'elle est filmee et jouee avec tant de calme et de restreinte. Malheureusement, je vais devoir attendre un certain temps avant de voir Un Chat, Un Chat...
Bonne journee a toi

02 avril, 2009 13:08  
Blogger Léna said...

Oh, que je me sens loin. Qu'ils sont jolis ces mots. D'ici, j'idéalise sûrement trop ces lieux emplis de souvenirs, d'odeurs.

Je me suis souvent dit que la jeune fille rousse au visage parsemé de tâches de rousseur, à l'entrée de l'Arvor, avait (décidément) l'air très fatiguée.

Enfin.

Patoumi, me donneriez quelques indications sur votre logement durant votre séjour à Rome ?

02 avril, 2009 15:42  
Anonymous bergeou said...

Une bien jolie ballade en ta compagnie !

02 avril, 2009 17:16  
Blogger Vanessa said...

Oh, je me suis achetée ce beau livre de Gisèle Freund après avoir vu une petite expo d'elle en janvier - son autobiographie est aussi fascinante. Malheureusement je partage le même désespoir que d'autres lecteurs de rater tant de beaux films français - hélas on en voit si peu à Berlin mais les billets me font toujours rêver quand même et me donnent envie de visiter Rennes bientôt.

02 avril, 2009 19:04  
Blogger patoumi said...

Pia: ah oui, mais j'aimerais bien aussi manger ton dernier homard!
Gwen: jamais lu Gracq non plus, on se demande à quoi je passe mon temps.
Tiuscha: la sonate est vraiment bien (et donne envie de manger japonais)
Stéphanie: la prochaine fois sur le chemin j'essaierai Black temple dont tu as parlé
Les chéchés: le marbré me fait très envie aussi
Bache: cet escalier me rend folle (surtout quand je suis en retard). Est-ce que tu as essayé des restaurants de la rue Vasselot? (et notamment le Presse-purée?)
Nath: j'ai adoré l'audition, l'intégralité du morceau, c'est un peu osé quand même
Léna: je t'envoie un mail si je retrouve tout ça (mais ça n'aviat vraiment rien d'exceptionnel)
Bergeou: j'aime bien ma ville, j'aime bien m'y ballader (même si parfois je la trouve trop petite)
Vanessa: je te ferais visiter avec plaisir!

02 avril, 2009 20:19  
Blogger Mingoumango (La Mangue) said...

Oh, j'adore le mug ! C'est la représentation exacte de l'objet "chou" :-)))
Les deux parcours ont l'air truffés d'horribles tentations. J'attends avec impatience la visite guidée sur place ;-)

02 avril, 2009 23:46  
Anonymous rose said...

Merci pour cette balade rennaise. Ma salle de ciné fétiche a aussi un aspect soviétique mais j'aime bien ce côté désuet et hors du monde... et j'espère qu'elle proposera bientôt ces deux films qui me tentent beaucoup (surtout le japonais, tout de même)...

03 avril, 2009 15:32  
Blogger reinette said...

Bonjour, c'est C. Tes posts me font réaliser que je vadrouille aux quatres coins du monde sans pour autant connaître les lieux qui m'entourent. Drôle de paradoxe.

04 avril, 2009 08:03  
Blogger patoumi said...

Mingou: c'est bon de se sentir comprise:-) Moi aussi je t'attends avec impatience!
Rose: Le problème du cinéma soviétique rennais c'est que c'est un immense bâtiemnt, en plein centre très moderne. Et c'est terriblement gris et vide et froid.
C.: quel plaisir de te lire! Et quel joli paradoxe, quand même...

04 avril, 2009 14:46  
Anonymous Camille said...

J'ai peur des films d'horreur (tu as vu Tokyo Sonata toute seule ?), mais j'avais prévu de voir le film chats, peut-être parce que c'est un titre rassurant.
Je rêve d'entendre Jeanne Balibar sans média, de m'imprégner de sa voix. Ce devait être fabuleux.

04 avril, 2009 21:59  
Blogger Easy kitchen said...

je n'ai toujours fait que traverser rennes. merci pour la ballage et le billet. je ne vais plus au cinéma depuis que le gens y mangent du pop corn...je prends le gateau aux pommes de Smitten kitchen.

05 avril, 2009 09:06  
Blogger Easy kitchen said...

j'ai oublié : Gracq doit absolument être lu. "le rivage des syrtes" est un chef d'oeuvre. je l'ai même dans ma liste au bac de français mais je crois qu'aucun des examinateurs n'a interrogé notre classe sur cet auteur

05 avril, 2009 09:08  
Blogger patoumi said...

Camille: j'aurais aimé être une fille comme ça (comme Jeanne) mais bon... Je n'ai pas vu les "vrais" films d'horreur de Kurosawa mais certaines images de Tokyo sonata m'ont vraiment hantée.
Easy kitchen: dans ces deux cinéma personne ne mange de pop corn vu qu'il n'y en a pas à vendre! Et puis décidément, vous donnez envie de lire Gracq

06 avril, 2009 13:23  
Anonymous loukoum°°° said...

J'aime beaucoup découvrir Rennes dans tes billets, ça donne vraiment envie de venir faire le chemin en vrai... Et les placards de ta cuisine ont l'air superbement vintage: j'aime!

06 avril, 2009 20:15  
Anonymous Miss épices said...

J'aime déambuler à Rennes par tes mots! Dans la petite salle du TNB, j'ai vu une film islandais que j'avais beaucoup aimé. A ce moment là, j'habitais juste au dessus de la petite boulangerie jaune aux bons croissants et au pains délicieux!

08 avril, 2009 18:43  
Blogger patoumi said...

Loukoum°°°: on a beaucoup insisté pour garder les poignées années 50
Miss Epices: mais oui, leurs pains sont top aussi (j'adore celui à l'épeautre)! Dommage que ce soit si loin de République...

09 avril, 2009 08:54  
Blogger Vanessa said...

Quelle belle balade jusqu'au cinéma, cela donne envie de se perdre dans ta ville... les films et le dessert aux pommes me tentent.

15 avril, 2009 09:19  
Anonymous shana said...

Je n'ai pas toujours pas vu ce Kurosawa mais j'espere qu'il est mieux que Kairo. Parce que bon Kairo, ca joue mal, très mal et c'est hyper mal réalisé. M'enfin ça fait rire c'est déjà çà.

08 mai, 2009 10:00  

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