jeudi 2 juillet 2009

Les consolations de madame Durand

Un jour d'automne, quelque mois après les premiers émois, G. m'avait invitée à un goûter émouvant de douceur et de délicatesse chez madame Durand. A l'époque, je n'avais pas osé révéler mon net penchant pout tout ce qui se mange et qui s'y rapporte; je n'avais encore rien cuisiné pour lui et nos repas se simplifiaient à de grandes salades sans audace sur son beau plateau ovale, de tartines fromage-confiture ou, après l'acquisition de l'indispensable panier vapeur en bambou, des dim-sum que nous avons avalés sans nous lasser pendant plusieurs semaines. La seule concession faite à mes secrets relatifs à mon goût pour la nourriture fut l'aveu de mon affection pour le chocolat et ses diverses déclinaisons. Cela tombait bien parce que G. faisait précisément un très bon gâteau au chocolat, très intense, très fondant et qu'il faudrait consommer avec modération mais qui a un goût de "J'en reprendrais bien un peu. Juste un petit morceau." (un jour, il a voulu faire une variante de ce gâteau en remplaçant l'habituel chocolat noir par du Galak... Expérience mémorable)
Je connaissais Madame Durand depuis longtemps parce que j'avais l'habitude d'acheter à Nöel un sachet de truffes pour mes parents, et puis aussi des gros marrons glacés emballés dans du papier doré mais je n'avais jamais fréquenté le salon de thé à l'étage.
Je n'ai pas de souvenirs précis de la pièce, qui désormais n'existe plus et où je ne serai allée qu'une seule fois (quel dommage!), j'ai juste quelques images qui me reviennent, les nappes blanches, la fenêtre ouverte sur le jardin fleuri, l'argenterie, la délicatesse du serveur qui saura me conseiller le thé parfait pour accompagner la tranche de ganache au chocolat et à l'orange que j'avais choisie (je ne sais plus si cela s'appelait "Andalousia" ou "Valencia").
Ainsi, à quelques pas de la maison, il y a cet endroit minuscule et élégant, au rez-de-chaussée d'un immeuble à la façade sculptée. Il y fait toujours frais, chocolat oblige, je ne sais jamais vraiment quoi choisir mais je sais que je ne serai déçue.
Ce qui a fait la notoriété de madame Durand, ce sont ses chocolats numérotés, des petits carrés qui renferment des ganaches subtiles (fleur de sureau, anis sauvage du bord de mer, earl grey, gingembre-citronnelle, vanille, framboise, menthe fraîche, miel-piment d'espelette -celui-là, je ne l'aime pas trop-...) avec un numéro apposé à la feuille d'or qui renvoie au parfum concerné. C'est la ponctuation parfaite d'un dîner entre amis, avec une tasse de café (bien que je n'en boive jamais), parce qu'en général, les invités aiment à deviner le parfum de la ganache. Fleur de sel, orange et basilic-citron sont sans doute mes préférés.
Sur les étagères en bois sont alignées des tablettes de chocolat classées selon l'origine du cacao (j'aime bien "Sao Tomé", à cause de la sonorité), du chocolat à pâtisser, des écorces d'agrumes chocolatées, des rochers au chocolat, des pâtes de fruits, du nougat, des caramels, des biscuits aux épices, des caramels à tartiner...
La vitrine de pâtisseries n'expose plus les terrines de ganache comme autrefois mais je suis toujours absorbée par l'observation des macarons, des cookies, des brownies, des fondants au chocolat replets saupoudrés d'un voile de sucre glace, des florentins, parfois des éclairs, des tartes au citron ou aux pommes façon Alain Passard (les tranches de pommes sont enroulées sur elle-mêmes façon bouton de rose), du cake anglais aux fruits confits et de mystérieuses parts de gâteaux désuet à l'angélique ou à l'orange confite. Bien rangés à l'arrière, la série de cakes pour les jours de flemme: framboise-pavot, rhum-chocolat et orange-grand-marnier (goûté et apprécié).
En réalité, Madame Durand s'appelle Madame Roussel mais comme sa boutique porte ce nom, je m'acharne à l'appeler ainsi. C'est une petite dame très sérieuse, très gourmande, très attentive à la présentation et au bon goût des choses dont elle essaie toujours de préserver le goût naturel (cela fait que lorsqu'on croque le chocolat à la menthe, le parfum de la ganache est si puissant qu'on a l'impression de croquer des feuilles fraîches).
En début de semaine, pour oublier la malhonnêteté de certains; l'hypocrisie des autres, les déceptions et les rancoeurs, je suis allée chosisir chez madame Durand sa tarte chocolat-caramel à laquelle j'aurais juste un reproche à faire: j'aime bien quand la pâte est un peu plus épaisse, mais les deux ganaches (noir et lait-caramel) étaient exquises.


Elle n'a pas fait long feu, et en plus Raphaël Enthoven parlait de Voltaire.


Chocolaterie Durand
5 quai Chateaubriand
35000 Rennes

Leur site avec la liste des chocolats numérotés: http://www.durandchocolatier.fr/

29 Comments:

Anonymous Lilou said...

Dommage que Rennes soit si loin de chez moi, cette part de tarte a l'air vraiment exquise et puis toutes ces douceurs dont tu nous parles, j'adore...

03 juillet, 2009 18:36  
Blogger Marie B said...

OOh qu'elle m'a l'air bonne !! Je serai capable de venir à Rennes rien que pour elle !!!
Ce sont des petites choses comme çà qui me feraient patienter encore un peu...
Les rancoeurs et les déceptions sont toujours passagères, je l'espère.

03 juillet, 2009 19:28  
Blogger Julia said...

C'est une bien jolie description du lieu...

03 juillet, 2009 19:32  
Blogger les chéchés said...

ce billet long de chocolat est une douce torture. faut-il aaler jusqu'à rennes pour se régaler ainsi?
j'aime d'avance -et de loin- le goût du chocolat à la menthe fraîche (loin de after eight) et ceux au citron. et puis la tarte, qu'il faudrait essayer de faire aussi belle peu être, à défaut d'en retrouver les parfums inconnus.

03 juillet, 2009 20:36  
Anonymous Florence said...

Il y a une épicerie fine à St Nazaire qui vend des chocolats numérotés avec des parfums hors du commun : j'ai bien l'impression que ce sont des Durand. En tous cas, si ce sont bien eux, ils sont vraiment délicieux.
Bises.

03 juillet, 2009 22:46  
Blogger Marion - Yum said...

Cette madame Durande l'air sympathique et totalement gourmande ;)

04 juillet, 2009 00:13  
Anonymous Stéphanie said...

Dans un bar qui s'appelle "La vie enchantiée", juste à côté du musée de Bretagne, tu trouveras aussi des tartelettes caramel chocolat du même style MAIS avec une pâte plus épaisse... Elles sont faites par un pâtissier qui ne fait que du bio (il me semble, mais les gars qui tiennent le bar pourront mieux te renseigner); elles coûtent un peu cher (4 euros), mais je n'ai jamais eu aucun regret à dépenser cette somme. Il y a aussi eu une tartelette aux fruits rouges fabuleuse...

04 juillet, 2009 08:06  
Anonymous Anonyme said...

je dois aller à Rennes un petit peu, je note l'adresse de Madame Durand, la tarte double ganache m'a l'air sublime

04 juillet, 2009 12:09  
Anonymous Grand chef said...

Bon, on espère jusqu'au bout avoir une recette à la hauteur des saveurs évoquées, mais faut bien se faire une raison, j'imagine....

04 juillet, 2009 14:04  
Anonymous Grand chef said...

Bon, tu as de la chance, je viens de voir que la maison Durand livre en colissimo! comme la vie est bien faite, merci à toi!

Sinon, le très bon gâteau au chocolat noir dont on reprendrait bien un morceau, surtout s'il n'est pas au galak, il est caché quelque part ou il faudra se contenter des livraisons de la maison Durand?

04 juillet, 2009 14:10  
Blogger Grégoire said...

Il y a quelques années, j'ai entrepris de tenir un journal sur l'ordinateur familial. J'utilisais Word et j'avais découvert la fonction "synonymes". Un jour, j'ai cherché un synonyme du mot "bonheur", et j'ai lu la liste qui était proposée ; au sein de cette liste, j'ai sélectionné des mots dont j'ai à nouveau cherché les synonymes, et j'ai passé du temps à recommencer. Quand je me suis arrêté, je me suis senti bien. Tous ces mots positifs que j'avais lus m'avaient transmis un peu de leur sens et de leur énergie.
Quand tu alignes autant de mots qui parlent de nourriture, je crève de faim.

04 juillet, 2009 14:55  
Anonymous diane said...

ça donne vraiment envie ces parfums si originaux. Je comprends qu tu ai mis longtemps à révéler à G ton goût pour la nouriture, j'ai eu la même réticence car il n'est pas facile à nos jeunes âges de dire qu'on aime la popote et les plaisirs de la table et j'ai un rapport si affectif à la nourriture que j'aurai eu l'impression de dévoiler mon intimité (et malgré out je suis un peu pudique ^_^) Bizz

04 juillet, 2009 17:20  
Anonymous eva said...

On aimerait bien la rencontrer cette fausse Madame Durand qui associe des trésors de fantaisie au chocolat ...

04 juillet, 2009 23:09  
Blogger loukoum°°° said...

Ce que j'ai déjà gouté de Madame Durand fut si délicieux que je crois que je n'ai d'autre solution de venir passer quelques jours d'été à Patoumiville...

05 juillet, 2009 10:23  
Anonymous Véro said...

Comme j'ai de la chance, j'habite à quelques kilomêtres de Rennes, à moi cette part de tarte , tu m'as donné l'eau à la bouche et tu sais que c'est toujours un bonheur de te lire...

05 juillet, 2009 10:41  
Blogger julie said...

Moi ce sont les chocolats aux fleurs de sureau qui me titillent les papilles...

05 juillet, 2009 19:57  
Blogger Mingoumango (La Mangue) said...

Loukoum°°° : Bon, on se fixe une date ? :-)

Patoumi : Tu me déçois beaucoup. Je croyais que ta mémoire était INFAILLIBLE.

05 juillet, 2009 21:47  
Blogger Vanessa said...

Tes billets sont toujours si bien écrits et celui-là me donne très envie du chocolat(je suis une incurable chocoholic). Donc, il va falloir aller en ville par cette journée très pluvieuse pour m'en acheter mais je préférais être á Rennes et essayer cette tarte avec toi.

06 juillet, 2009 08:48  
Blogger the_young_dude said...

Remplacer le chocolat noir par du blanc dans un fondant, que celui qui n'a jamais essayé jette la première pierre... ! Je l'ai tenté il y a quelques temps, mais cela ne donne (malheureusement) pas un vrai blondie..

06 juillet, 2009 09:50  
Anonymous ulije said...

J'en ai l'eau à la bouche, je regrette que ce soit si loin pour pouvoir le tester!

06 juillet, 2009 10:23  
Blogger reinette said...

le chocolat...la base de mon alimentation! De Corée, j'en ai ramené fourré au matcha. Même s'il est noir Il m'aide en ce moment à adoucir des moments de désarroi.

06 juillet, 2009 19:54  
Blogger Gracianne said...

J'ai comme un besoin immediat de chocolat, n'importe quel numero, ca ira.

07 juillet, 2009 09:44  
Blogger patoumi said...

Lilou: tu es la bienvenue quand tu veux!
Marie B.: j'espère que tout s'est bien passé! Tiens moi au courant... et tu ne veux pas faire ton internat à Rennes?
Julia: et encore, je n'ai pas parlé de merveilleuses choses qu'il y a à Pâques...
Les chéchés: je pense que j'essaierai une telle tarte (avec une pâte épaisse!) très bientôt...
Florence: je voudrais vous en offir, pour que vous compariez...
Marion: elle est très gentille
Stéphanie: j'y ai fait une mémorable partie d'échecs hier soir avec un verre de jus pomme-mûre, du fromage et du saucisson. La prochaine fois, j'essaie la tarte!
A demain pour la suite!

08 juillet, 2009 00:39  
Blogger patoumi said...

Anonyme: j'espère que madame Durand ne sera pas en vacances... Si vous m'envoyez votre mail, je vous donne mes adresses préférées à Rennes...
Grand Chef: ben je veux bien vous en envoyez si vous me dites où vous habitez.
Grégoire: alors peut-être un jour, je te prépareraiun repas...
Diane: les cuisinières pudiques
sont les meilleures!:-)
Eva: tout est vrauiment bon
Loukoum°°°: je t'attends de pied ferme!
Véro: il faut que tu essaies!
Julie: c'est un goût très réfraîchissant, un peu acidulé
Mingou: je saurai me rattrapper...
Vanessa: tu es la bienvenue par ici!
Pia: très périlleux le choco blanc dans les gâteaux...
Ulije: j'espère en avoir bien retranscrit me goût
Reinette: choco-matcha, miam!
Ma très chère Gracianne, jepense fort à toi, je t'embrasse

08 juillet, 2009 14:38  
Anonymous Fleur de cerise said...

Ca a l'air délicieux :) !

11 juillet, 2009 21:11  
Blogger patoumi said...

Fleur de cerise: et ça n'en a pas que l'air!

16 juillet, 2009 00:48  
Blogger Léna said...

Patoumi, Patoumi, Patoumi...

Au delà de me demander si toutes les jeunes filles aux cheveux longs et noirs (plus quelques critères personnels sûrement éronés) que je croisais, étaient peut-être Patoumi...

M.Mme Cozic étaient en vacances, et Mme Durand qui n'est pas Mme Durand essuyait un dégât des eaux...

Heureusement le thé glacé maison du Boudoir était délicat, le gâteau au chocolat très fondant crémeux délicieux - toutefois dommage qu'il n'y ait même pas une petite photo, un petit tableau pour faire sourire le lieu. Enfin..

Merci Patoumi, je retrouve Rennes pas tout à fait comme je l'ai quittée...

17 juillet, 2009 23:38  
Blogger patoumi said...

Lena: es tu encore à Rennes? J'aimerais te voir... Je suis désolée pour toutes les déconvenues... C'est vrai qu'au Boudoir, c'est un peu froid et ce ne sont pas les serveuses qui vont arranger les choses! Par contre à la maison, il y a plein de choses sur les murs, je ferai du thé et tu peux commander le g^^ateau de ton choix!

22 juillet, 2009 11:28  
Anonymous Anonyme said...

Hmmm… Pourléchant. En France, on mange bien

http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/29/la-france-gastronomique-ce-nest-pas-une-legende/

...pour des raisons parfois douloureuses, mais bon… Sauf que ceci est remis en question. Votre expertise est requise. En France, au jour d’aujourd’hui, on mange bien ou mal? Venez nous éclairer, s.v.p.
Paul Laurendeau

27 juillet, 2009 04:40  

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