lundi 24 septembre 2007

Porc à l'encre, noir c'est noir

Le coeur en bouillie, le cerveau pas mieux, j'ai piqué des Elle dans la salle d'attente du service un soir où j'ai fini tard et où il n'y avait plus personne; la fille qui vend des téléphones a sagement décidé de laisser ses médicaments sous la surveillance d'un tiers pour ne pas être tentée d'en ravaler les soirs où ça ne va pas, le type persuadé qu'on veut le tuer trouve qu'il vaut mieux qu'il devienne serveur que dj, celui qui est attaché en chambre d'isolement parle à la vierge à longueur de journée, ma chef a acheté une nouvelle robe de créateur samedi dernier. Moi je ne me suis jamais sentie aussi mal mais je n'avouerai jamais aux infirmières qui me trouvent drôle et enjouée que lorsqu'un entretien se termine et que le patient a refermé la porte, j'ai souvent juste envie de pleurer.
Parfois, on aurait préféré que le téléphone n'ait pas sonné ce soir-là; on n'oubliera jamais l'enchaînement des évènements, les vêtements noirs mal pliés qu'on entasse dans le sac de voyage, le sac de voyage balancé dans le coffre de la voiture, le trajet interminable sous un soleil de plomb -et pourtant, à l'intérieur, on a froid-, les carambars nerveusement mâchés, les blagues qu'on ne lit même pas, les yeux gonflés de larmes, le coeur en bandouillère, le poulet qui était trop cuit, les patates qui étaient trop dures, le chocolat du matin qui n'a plus le même goût, les conversations nocturnes dans un lit qui n'est pas le nôtre pour ne plus avoir peur du noir.
Quand on est au bord de la catatonie tant on est angoissé, on aime se consoler avec un petit plat qui a goût de voyage et qui est mille fois plus réconfortant que les Elle piqués dans la salle d'attente (qui ont fini à la poubelle parce que même les fiches cuisine étaient moches).

Le porc à l'encre de G. (comme à la maison du thé chinois, T'cha, à Paris)
Pour deux personnes

-2 côtes de porc dans l'échine émincées très finement
-un gros pouce de gingembre en julienne
-un oignon émincé
-une gousse d'ail pressée
-un piment rouge égrainé et émincé
-2 cuillères à soupe de black bean sauce
-2 cuillères à soupe de confiture de cerise sans sucre
-3 cuillères à soupe d'alcool de riz (Kwantung mijiu)
-un peu d'eau

La veille, mélanger dans une boîte en plastique le cochon, l'oignon, l'ail et le gingembre. Réserver au réfrigérateur.
Le moment de la dégustation venu, faire chauffer un peu d'huile d'arachide dans une grande poêle. Faire sauter à feu vif d'abord la moitié du contenu de votre boîte, la retirer, la réserver au chaud, faire sauter l'autre moitié puis réunir le tout.
A feu moyen, ajouter le piment puis la black bean sauce. Bien enrober la viande de la mixture.
Verser ensuite le vin, puis la confiture de cerise. Faire cuire en remuant. Déglacer avec un peu d'eau, laisser réduire et servir bien chaud avec du riz à la vapeur.

15 Comments:

Blogger Rosa's Yummy Yums said...

Une recette très savoureuse! J'adore!

Bises,

Rosa

24 septembre, 2007 09:17  
Anonymous Grand Chef said...

Eh ben dis donc, c'est pas joyeux (ni enjoué). Dans ces cas-là, j'ai toujours une blague bien sotte à dire, mais bon, par écrit c'est délicat, surtout que la recette parle de porc, alors vraiment je vois pas comment écrire un truc qui remonterait le moral.

24 septembre, 2007 18:31  
Anonymous Sonia said...

J'aimerais avoir mieux à te souhaiter que du courage.
Belle recette en tout cas.
Plein de bises remontantes!

24 septembre, 2007 18:33  
Anonymous rose said...

chère patoumi, je ne connais pas la moitié des ingrédients avec lesquels G a parfumé cette viande, mais j'espère que ce plat exotique t'a emportée quelques instants loin de ces idées noires. à bientôt

24 septembre, 2007 19:27  
Anonymous Lisanka said...

Comme Grand Chef, le porc c'est pas mon truc et en plus quand il est noir...
Je crois connaître une infime partie des raisons de ton inquiétude. Je voudrais de prendre par la main et te faire écouter le concerto pour violons de Bach que je suis en train d'écouter. C'est tellement beau que ça donne envie de croire en soi.
Patoumi, tout est une question de temps. Toi aussi, tu exerceras le métier de tes rêves. On retombe toujours sur ses pattes si on reste intègre et fidèle à ce que l'on veut être, à ses rêves. Si on accepte d'échouer, d'errer aussi.
Sois fière d'être toi, tes mots laissent transparaître le fait que tu sois une belle personne,

Bises,

Lisanka

24 septembre, 2007 19:37  
Anonymous eva said...

Que les coeurs soient réconfortés,
Toute mon amité.

24 septembre, 2007 21:55  
Anonymous Natalia said...

Que dire devant ta détresse ? Je te souhaite d'arriver très vite au bout du tunnel, pour pouvoir à nouveau apprécier la lumière, les couleurs de la vie.

24 septembre, 2007 22:00  
Anonymous mayacook said...

Dur dur en effet le boulot...bon courage!

25 septembre, 2007 08:22  
Blogger annie dedicacessen said...

je te dis quoi patoumi ? Depuix hier je me le demande. Je vais faire simple. Si si (impératrice), je peux. Guette : même de loin c'est du fond du coeur, je t'embrasse.

25 septembre, 2007 08:55  
Blogger annie dedicacessen said...

depuix ?
et pourquoix nonx ?

25 septembre, 2007 08:56  
Blogger mingoumango said...

Des jours meilleurs viendront, c'est certain. C'est obligé.
En attendant, il n'y a qu'une chose à faire : serrer les dents et attendre que ça passe.

25 septembre, 2007 09:13  
Blogger Gracianne said...

Les gens qui savent se reconforter avec une telle recette sont bien plus solides qu'on le pourrait croire. Elle a du caractere cette recette, comme toi Patoumi.

25 septembre, 2007 11:58  
Anonymous Pascale (ivs) said...

Ce que tu cuisines est beau, ce que tu écris aussi; non, non, le cerveau n'est pas en bouillie et il a encore plein de choses à nous transmettre! Bises

25 septembre, 2007 17:42  
Blogger lena sous le figuier said...

Je suis si désolée pour toi. Te savoir si désemparée...

J'aimerais avoir le pouvoir de t'offrir une carapace suffisamment solide pour que tu ne sois plus blessée et tout de même assez fine pour que tu gardes toutes ces qualités qui font de toi une bien belle personne.

J'attendrais patiemment ta recette pour voir la vie en rose.

28 septembre, 2007 20:50  
Anonymous loukoum°°° said...

...

que dire?
que dire que quelqu'un ne t'aura pas déjà dit et que tu auras trouvé terriblement inutile?...

peut etre juste que je pense à toi...

29 septembre, 2007 18:38  

Enregistrer un commentaire

<< Home