jeudi 16 août 2007

Des mariages et la douce acidité épicée d'un nahm prik

On a suivi les panneaux pour arriver jusqu'au long chemin poussiéreux qui serpentait à travers les vignes. Il y avait déjà plusieurs voitures garées le long des buissons de lavande. Les abeilles qui vrombissaient autour m'ont un peu intimidée.
Sur la terrasse, une soupe de champagne était en train d'être servie; j'ai préféré un verre de jus de pommes bio et j'ai choisi sur un plateau doré un toast au saumon fumé. Je me suis assise à l'ombre et j'ai observé. J'ai remarqué que deux dames avaient la même robe vert d'eau, je me suis souvenue que j'aimais beaucoup cette couleur quand j'étais enfant, c'était celle de mon pyjama préféré. J'ai vu aussi que le 2.55 de Chanel faisait l'objet de nombreuses imitations. Moi j'avais un sac-cabas acheté il y a peu dans une boutique d'artisanat urbain de Sintra; ce n'est pas vraiment un sac de mariage: il est en tissu, rouge rayé de blanc, avec une grande fleur en tissu posé comme une broche. J'y avais glissé tout un tas d'objets contra-phobiques et même un livre de cuisine, convoité depuis longtemps et déniché à prix doux chez un bouquiniste, en parfait état. Mais je vous en reparlerai. J'avais pensé que ce sac vitaminerait un peu la tenue très simple que j'avais adoptée: une robe comme une chemise que l'on noue à la taille, des chaussures plates. Fidèle à moi-même, pas de bijoux, ni de maquillage. Juste des lunettes de soleil, mais de toute façon, le climat les rendait obligatoires.
Il y avait aussi des enfants, des petites filles en robes blanches qu'elles avaient déjà tâchées en mangeant un peu violemment quelques groseilles.
La longue traîne de la mariée balayait le sol dans un doux frou-frou.
J'ai eu le temps de boire deux verres de jus de pomme, un de pamplemousse, j'ai décliné l'invitation à goûter aux petits coeurs de canards et aussi aux petits boudins antillais, j'ai choisi une tartelette à la tomate sur un autre plateau doré et puis il a fallu partir à la recherche de nos noms sur le plan de table.
Peu après que nous nous sommes installés, mon voisin de gauche a déploré avec fougue l'échec de M. Alain Juppé aux législatives et a assuré à sa voisine qu'ils allaient tout faire au parti pour qu'il puisse revenir brillamment sur le devant de la scène. Ce ton satisfait et suffisant m'a coupé l'appétit; ça tombait bien, je n'aime pas trop le sorbet au melon.
Hier soir, alors que la pluie s'abattait en rafales sur le pavé rennais, nous avons regardé Gertrud, le très beau film de Dreyer. Dans sa robe rayée à manches gigot, Gertrud annonce très dignement à son mari sur le point de devenir ministre, qu'elle s'apprête à reprendre la liberté qu'elle a perdue en l'épousant. La blonde Gertrud, sous sa jolie cape blanche, aspire à un amour entier, qui comble corps et âme, mais se heurte à l'égoïsme des hommes et à sa propre exigence. Quand on est intransigeant avec la vie, on n'aime pas trop les compromis.
J'aime la douceur des soirées à la maison... La préparation du dîner se fait fenêtre grande ouverte sur le ciel qui rosit, et il y a parfois un peu de vin dans les jolis petits verres en cristal qui appartenaient autrefois aux grands-parents de G. Dans une ambiance joyeuse, la discussion était incessante et joyeuse lors de la confection de ce nahm prik parfumé et acidulé.
Le nahm prik est un plat thaï pour lequel il s'agit de confectionner au mortier une pâte épicée dont l'ingrédient primordial est la pâte-de-crevettes-qui-pue et que l'on peut ensuite cuisiner avec un poisson ou une viande. La saveur de celui-ci est très agréable, bien relevée sans être agressive.

Un nahm prik cochon et tomates
Pour deux personnes

Pour la pâte
-un piment rouge égrainé et émincé
-une grosse pincée de sel
-une cuillère à soupe de citronnelle hachée
-une cuillère à café de pâte de crevettes
-2 échalotes hachées
-3 gousses d'ail hachées
-4 tomates pas trop grosses et pas trop mûres

Les autres ingrédients
-environ 300g de cochon haché (de l'échine, par exemple)
-du sucre de palme
-du nuoc mam
-un demi citron vert
-un peu d'huile neutre

Ecraser ensemble tous les ingrédients de la pâte puis la faire revenir dans un peu d'huile jusqu'à ce qu'elle dégage un parfum appétissant.
Ajouter alors la viande hachée et faire cuire sans cesser de remuer et en évitant que des grumeaux ne se forment.
Quand le porc est cuit, il s'agit d'assaisonner avec le sucre de palme, le soja et le nuoc mam, c'est un peu en fonction des goûts de chacun (ici, d'après les souvenirs de G. qui a réalisé cette étape, un demi palet de sucre de palme et cinq cuillères à soupe de nuoc mam).
Servir bien chaud avec du riz parfumé, des rondelles de citron vert, quelques haricots verts cuits à la vapeur et rafraîchis ou quelques tranches de concombre.

12 Comments:

Anonymous Lisanka said...

Je laisserais la viande mais je prendrais le riz. Ou alors je m'inviterais pour le thé chez toi. Pour bavarder ;-). Je suis heureuse que tu aies su profiter de la douceur de cet instant. Malgré les malgrés, on parvient toujours à tirer parti de ce que la vie offre. Car elle offre, c'est certain. Il faut juste oser entrevoir la lumière.

En t'espérant sereine,

Bisous et courage,

Lisanka

16 août, 2007 19:54  
Blogger lena sous le figuier said...

Oh ce n'était pas un excellent moment! Ces réunions qu'on subit parce que les conventions ou l'amitié l'exigent...
Plus on avance en âge et plus on s'autorise à les éviter. Dans quelques dizaines d'années, je serais peut-être oursonne.

Ce joli plat est une belle compensation.

16 août, 2007 19:58  
Anonymous Tiuscha said...

J'adorerais goûter mais n'ai absolument pas tout ce qu'il faut pour ce plat...

16 août, 2007 20:47  
Blogger Ester said...

Ravissant ce sac, bien mieux qu'une mauvaise imitation de ce malheureux Chanel. De Cintra j'avais surtout ramené des gâteaux et un sac aussi, mais marron. Tu me donnes envie de le ressortir (et de me féliciter que mes amies proches se soient toutes déjà mariées, ouf...)

16 août, 2007 20:51  
Blogger Fabienne said...

Woo, le 2.55 de Chanel, le classique de la maison, vu un peu trop partout d'ailleurs, moi aussi j'y aurai préféré le cabas ...

16 août, 2007 22:15  
Anonymous kitchenette said...

Je le trouve tres joli ce sac, et tres mariage a la campagne selon moi. Je suis aussi contente de trouver une utilisation de la pate de crevette, j'en ai dans mon frigo depuis au moins un an. C'est toujours un plaisir de te lire (desolee pas d'accent, clavier qwerty aujourd'hui)

16 août, 2007 22:40  
Blogger Gracianne said...

Ton sac, il a un petit cote revolution francaise non? Ca devait un peu detonner avec la conversation du voisin Juppeiste.
Recemment, j'ai refuse une invitation a un mariage. Je n'y peux rien, je deteste ca. Ca a du bon de devenir oursonne :)
La pate de crevette qui pue, j'en ai. Et de ce plat qui pique, et qui et acide et sucre a la fois, j'en veux.

17 août, 2007 10:22  
Anonymous bergeou said...

Il va falloir que j'achète de la pâte de crevettes qui pue, j'en ai pas moi...

17 août, 2007 10:54  
Anonymous loukoum°°° said...

entre ton sac et un (vrai ou faux) chanel je n'hésite pas longtemps... et puis au moins personne n'avait la même robe que toi ;)
Ce plat est une complète découverte pour moi; je n'ai encore jamais osé utiliser la pâte de crevettes... car je ne voyais pas trop quoi en faire

17 août, 2007 12:52  
Anonymous mayacook said...

Ce n'est certainement pas moi qui échangerai ton sac contre un chanel...et comme toi je laisserai les coeurs de canards mais certainement pas ton nahm prik

17 août, 2007 13:37  
Blogger mingoumango said...

J'ai horreur des mariages, mais je garde quand même un bon souvenir d'un mariage en particulier : c'est là que j'ai rencontré mon poulet d'amour :-)
Je goûterais bien à ton nahm prik, je ne connaissais pas du tout (du moment qu'il n'y a pas de lait de coco...)

17 août, 2007 21:43  
Anonymous eva said...

ah, les livres qui rentrent dans les jolis sacs ! Je suis sûre que c'était le sac le plus estival et gai de la soirée !

21 août, 2007 21:36  

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