samedi 7 juillet 2007

Spaghetti alla carbonara de minuit ou l'art de séduire selon Mrs Lawson

Je ne pourrais pas vous révéler le menu du premier dîner avec G. mais je me souviens qu'après avoir longtemps hésité en examinant le bout de nos chaussures (des sandales pour ma part, sans doute des tennis pour G.) sur le trottoir en bas de mon ancien appartement, nous prîmes la direction d'une douteuse rue rennaise qui abrite pourtant une excellente pizzeria (choix pour le moins étrange car je n'aime les pizzas que faites maison -je trouve toujours qu'au restaurant elles sont démesurément grandes, ce qui, quand on mange comme moi plutôt lentement, présente le désagréable désavantage de vous infliger une pizza très vite tiède puis froide, et vous finissez par contempler avec dégoût ce truc plat dont les ingrédients finissent par se racornir. En plus, les pizzerias, quand elles ne sont pas en Italie, ont cette fâcheuse tendance à surcharger le truc plat en diverses garnitures parfois absolument incongrues et cette débauche de produits carnés ou fromagés... beurk. Mais, dans cette pizzeria du premier soir, les pizzas sont de taille décente et faites sous l'étonnant regard triste et attentionné d'une milanaise aux cheveux frisés). Je crois que ce choix avait été grandement accepté parce que son caractère consensuel peut être rassurant pour une première rencontre avec quelqu'un qu'on connait peu. Je me souviens de la méticulosité avec laquelle G. avait partagé d'un tendre et ferme coup de couteau le gâteau au chocolat et le tiramisu du dessert. Je me souviens d'avoir parlé de Roland Barthes et de François Truffaut.
Que raconte Nigella Lawson lors du dîner du premier soir? On ne le saura jamais, mais ce que l'on sait, grâce à son joli livre Feast, c'est qu'elle trouve qu'il n'y a rien de plus glamour que d'aspirer ensemble une énorme casserole de spaghetti alla carbonara comme ceux que prépare Meryl Streep pour Jack Nicholson dans Heartburn (si nous avons les mêmes goûts culinaires Nigella et moi, on ne peut pas en dire autant pour le cinéma; mais bon, on ne peut pas tout avoir, elle n'est pas journaliste aux Cahiers du cinéma quand même. Par contre, je connais un très gentil rédacteur des Cahiers très nul en cuisine dit-il, qui aimerait bien avoir quelques recettes simples et bonnes avant de partir pour une sorte de retraite solitaire dans les montagnes. Si vous avez des suggestions, n'hésitez-pas). Notre amie Nigella est audacieuse: elle prévoit 500g de spaghetti pour deux, elle trouve ça super chouette de débarquer dans la chambre avec une très grosse marmite dans laquelle on enfoncera sa fourchette avec une langoureuse sensualité.
La seule fois où j'ai mangé des pâtes au lit (je mange très rarement au lit, je trouve ça un peu bizarre quand même!), c'est lorsqu'à la lecture d'une page de Kitchen, G. voyant mon regard briller à l'évocation d'un plat de nouilles, s'est empressé d'aller en cuisine préparer un petit bol de pâtes au fromage.
Le weekend dernier, alors que nous étions en train de démonter puis remonter une bibliothèque de 4 mètres de long (ce qui implique de déplacer également les quelques centaines de livres qu'elle contenait), l'envie d'un plat chaud et réconfortant s'est imposée alors que la soirée était déjà très avancée (disons que nous étions presque rendus à la journée suivante) et la perspective d'un plat de pâtes remporta tous les suffrages. Il y a dans la cuisine un placard entier dévolu aux pâtes, les paquets s'alignent, mêlant toutes les formes et toutes les couleurs. La simplicité de spaghetti alla carbonara convenait parfaitement au contexte et ça tombait bien, la recette de Nigella figure dans le chapitre Midnight Feast.
Je sais que les vrais carbonara ne comportent pas de crème mais en cuisine comme en amour, la transgression a du bon!
Les proportions sont approximatives, j'ai surtout suivi la méthode nigellesque et puis, rappelle-t-elle, au milieu de la nuit, la cuisine est encore moins que d'habitude un laboratoire scientifique!


Spaghetti alla carbonara de Nigella
Pour deux personnes

-environ 120g de spaghetti
-de la pancetta coupée en dés
-2 oeufs
-environ deux grosses cuillères à soupe de crème (crue ce soir-là)
-pas mal de parmesan fraîchement râpé
-un petit verre de vin blanc
-du poivre fraîchement moulu
-un peu de noix de muscade
-un peu d'huile d'olive

Cuire les spaghetti.
Pendant ce temps, faire revenir la pancetta dans un peu d'huile d'olive.
Quand elle est grillée, verser le vin blanc et laisser cuire jusqu'à ce qu'il se forme une sauce sirupeuse autour des morceaux de pancetta. Réserver.
Dans un grand bol, mélanger les oeufs, la crème, le parmesan, le poivre et la muscade.
Un peu avant la fin de la cuisson des spaghetti, remettre la pancetta sur le feu.
Prélever une louche de l'eau de cuisson des pâtes et l'incorporer à la crème aux oeufs et au fromage. Mélanger pour ne pas que les oeufs s'agglomèrent.
Verser les spaghetti une fois cuits sur la pancetta au vin blanc, bien mélanger.
Baisser le feu et verser le contenu du bol.
Mélanger sans discontinuer jusqu'à ce que le contenu de la casserole soit revenu à une température suffisament élevée pour vous brûler les lèvres.
Servir dans des assiettes bien chaudes (ou se servir directement dans la casserole mais si vous avez vu Persépolis, vous trouverez cela plus déprimant que glamour).

11 Comments:

Blogger Elvira said...

Je suis d'accord avec Nigella et toi. Rien de tel que des spaghetti à deux, le soir, en amoureux... ;-)

D'ailleurs, en Italie, il existe un plat qui s'appelle les spaghetti de l'amour (recette publiée sur mon blog) censé être préparé comme ça, la nuit, et qui contient (tout un programme) beaucoup de piment et de persil...

07 juillet, 2007 10:50  
Anonymous aurélie said...

500 g de pâtes pour deux ! Et dire que je fais manger 5 potes rugbymen avec ça ! Bref.
C'est marrant, en te lisant raconter ce dîner à la pizzeria, j'ai voulu me souvenir d'un premier dîner avec Paulo... en vain :( je vais y réfléchir, c'est honteux de ne pas s'en rappeler quand même !

07 juillet, 2007 11:01  
Anonymous auntie jo said...

nigella a l'art de raconter l'autour du plat ;-)
c'est aussi pour ça que je l'aime autant ;-)

07 juillet, 2007 13:00  
Anonymous loukoum°°° said...

Nigella abuse complètement côté quantités, c'est hallucinant! ;)
Et perso, moi manger au lit, j'ai un peu de mal... mais bon, il faut bien qu'elle mette en scène ses plats....
En tous cas je garde l'idée du vin blanc pour déglacer la poêle des lardons...

07 juillet, 2007 15:12  
Anonymous eva said...

J'adore déménager les bibliothèques; en général, on met deux fois plus de temps que prévu, parce que l'on commence à re-feuilleter un livre, puis un second, repenser au plaisir que nous avait procuré la lecture d'une troisième, etc ... jusqu'au bout de la nuit !

07 juillet, 2007 16:31  
Anonymous Sonia said...

Je suis pour la crème dans la carbo... quant au 500 g de pâtes, c'est mon Monsieur qui plébiscite, si je peux me permettre de parler en son nom. Quant à moi, je frémis déjà à chaque fois que je le vois vider la moitié du paquet de barilla dans la casserole...

07 juillet, 2007 19:26  
Anonymous paola said...

En te lisant tout à coup une image m'est revenue, celle du film la belle et le clochard. Trop mignon la scène du spaghetti !
Bises et à bientôt.

08 juillet, 2007 21:16  
Anonymous chechia said...

Sexy ... jusqu'au moment où tu as un morceau de lardon sur le menton ... enfin, j'ai réussi à pécho un mec en dépit d'une grande propension à accumuler des trucs sur mon menton, alors vivent les spaghetti!

09 juillet, 2007 09:18  
Anonymous Lisanka said...

Je suis végé donc la carbo, j'&vite ou alors je la fais sans lardons. Mmmmmmhhhh, je suis fan de pâtes comme toi, il faut bien ça pour séduire (et nourrir) son homme. Amitiés!

09 juillet, 2007 18:55  
Blogger Alhya said...

je vois que tes proportions sont beaucoup moins impressionnantes que la mère Nigella, en revanche, le coup du vin blanc dans la carbo est une révélation pour moi et là je dis banco!

09 juillet, 2007 20:43  
Blogger mingoumango said...

Moi, ça m'angoisse quand je dois déplacer mes livres, j'ai toujours peur de ne pas les remettre dans le bon ordre, ou que les piles se cassent la figure...
Je dois être une vraie morfale, car 500 g de pâtes pour 2, ça me paraît... bien (il faut dire que je n'ai aucune notion des quantités et mesures ;-))
(Grâce à toi, je n'aurai même pas besoin d'acheter les livres de Nigella !)

10 juillet, 2007 15:26  

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