mardi 22 septembre 2009

Le mystère des filles de fer

Dix-huit heures trente, le bus tarde à arriver et personne à observer à mes côtés sous l'arrêt en bas de l'hôpital. Trop de fatigue sous les paupières pour lire le roman que j'ai dans mon sac (encore en tissu, celui de cet été; il fait beau et doux ces jours-ci à Rennes) bien que j'en sois presque au terme (la jeune femme de l'histoire a créé une ligne de vêtements qui s'appelle Allons-y, Allons-o, ce nom me met en joie).
Une heure plus tôt dans mon bureau pas très joli, je reçois une jeune fille et ses parents. Mademoiselle T. a des problèmes avec la nourriture, l'objet même de tant de mes pensées (et si j'achetais des carottes violettes pour faire le carrot cake d'Albertine, tiens je pourrais faire des lasagnes ça ferait plaisir à G., ce serait bien de passer chez Cozic prendre de la brioche pour demain matin, il faut à tout prix que je publie ma recette de cailles aux raisins...) est pour elle une torture. Elle l'adore mais s'y refuse, s'y refuse tant que parfois elle cède et s'y perd. Les grands yeux verts me regardent avec défi et douceur "Vous pensez que je peux m'en sortir?"
Au moment de quitter le bureau, elle propose de m'apporter des chewing-gums en guise de paiement puis m'a serré la main avec fermeté.
Dans le bus bondé, je résiste aux virages. J'ai le sentiment à la fois flippant et réjouissant qu'un moment décisif de la vie de mademoiselle T. va dépendre de nos entrevues, une fois par semaine, comme elle me l'a demandé.
J'ai peur de faire des bêtises, d'en dire trop, ou pas assez.
Devant mon thé fumant, j'ai pensé à tout ça en croquant la coque soyeuse, élastique et rassurante de mon daifuku. Et puis je suis allée m'asseoir au piano, j'arrive presque à jouer le petit morceau pour débutants de la page 12.

24 Comments:

Anonymous rennette said...

deux messages en si peu de temps ! je dois rêver éveillée... bon il est 1h12 et c'est bien réel... je vais le lire...

23 septembre, 2009 01:12  
Blogger l'oeuf qui chante said...

Déjà, merci de ta réponse pour l'assiette, et de ton commentaire !
J'en profite juste pour te dire que j'aime beaucoup te lire : tu as une façon toute à toi de raconter tes histoires, et ça me plaît beaucoup. Tout comme tes petits plats !
Oh, et je connais pas du tout la musique de Vincent Delerm, mais je crois qu'il va falloir que j'écoute ça.

23 septembre, 2009 01:22  
Anonymous Léa said...

Tu sais, je crois sincèrement que tu as raison: une partie de l'avenir de mademoiselle T. se fera grâce à toi. Et je sens qu'elle est entre de bonnes mains, tu fera ce qu'il faut. Le fait que tu aimes cuisiner, c'est bien pour elle, elle verra qu'on peut avoir une relation saine avec la nourriture...
Bref je m'égare, ceci étant dit, je veuuuuux la recette des cailles hein !

23 septembre, 2009 07:46  
Blogger the_young_dude said...

les docteurs sont comme les profs, alors, ils se posent plein de questions aussi... (on l'oublie, parfois..)!

23 septembre, 2009 09:33  
Blogger Gracianne said...

On pourrait se dire qu'un docteur aussi gourmand que toi devrait reussir a soigner ce genre de peine. Mais ce n'est pas si simple, je suppose. Je sais que tu feras de ton mieux.

23 septembre, 2009 09:51  
Anonymous Vanessa said...

Bonjour !
Je découvre ton blog grâce à celui de Pauline de Beau à la louche, et j'en suis toute rêveuse...
J'aime cuisiner, forcément ton blog me plaît, mais il y a aussi toute cette poésie qui s'échappe de tes posts, et qui trouve écho en moi...
Merci pour cette jolie bulle et ( c'est sûr ! ) à bientôt...

23 septembre, 2009 11:36  
Blogger les chéchés said...

l'humeur douce, un peu amer, sucrée, épicée, délicieuse de ta cuisine devrait ouvrir le palais faché avec le plaisir gustatif de mademoiselle T. Les recettes qui font mijoter, celles qui font voyager, celles que l'on a cuisiné pour lui ou elle, parce qu'elle n'avait pas le moral ou qu'il revenait de loin... Tu sais si bien le dire. ça va aller, je suis sûre.

23 septembre, 2009 13:08  
Blogger Vanessa said...

J'ai mal dormi hier soir et ce matin je n'arrivais pas à lire mon roman non plus. Cette fille a de la chance d'avoir un docteur qui aime tant la cuisine pour l'aider, même si ce n'est pas facile. Chez toi, chaque détail devient important et ça m'aide beaucoup à apprécier la vie quand j'en ai un peu marre. En plus, ce sac est adorable!

23 septembre, 2009 13:46  
Blogger anne-cécile said...

En ce moment je suis moi aussi trop fatiguée pour lire le soir, pourtant ce n'est pas l'envie qui fait défaut...
Quant à Mademoiselle T., elle met beaucoup d'espoir dans sa rencontre avec Dr Patoumi, et je pense qu'elle a raison ;)
Heureusement qu'une telle responsabilité peut s'équilibrer avec la perspective de l'aider à résoudre ses difficultés! Mais elle a déjà fait un grand pas rien qu'en venant te voir.
A part ça, moi aussi je devrais me remettre au piano, que j'ai délaissé maintenant presque aussi longtemps que je n'y ai passé d'années...
(Euh, ai-je besoin de dire que Madame Mo me parait avoir une trèèès jolie collection de sacs?)

23 septembre, 2009 14:54  
Anonymous rose said...

C'est un super titre pour un joli message, ce mystère des filles de fer, on dirait presque une chanson...

23 septembre, 2009 21:44  
Anonymous I. said...

Moi aujourd'hui je me suis fait mordre par des souris, et ça m'a bêtement contrariée (elles n'ont en fait blessé que mon orgueil, pas mes doigts). Tu les achètes où tes daifuku (ne me dis pas que tu arrives les faire; j'ai essayé une fois, c'était un vrai cauchemard) ?

23 septembre, 2009 22:08  
Blogger dada said...

C'est toujours tout un monde ici où l'on vient se réfugier. Je ne sais pourquoi mais tes billets ont toujours quelque chose de réconfortant

23 septembre, 2009 22:54  
Anonymous Anonyme said...

le problème de mademoiselle T est traité dans de nombreux ouvrages.. Y aurait-il un livre en particulier dont tu conseillerais la lecture ? Merci.

23 septembre, 2009 23:47  
Blogger patoumi said...

Rennette: bah oui, j'ai envie d'écrire souvent... Pourvu que ça dure!
L'oeuf qui chante: oh, il y a aussi des gens de mon proche entourage qui n'aime pas du tout du tout Vincent. Tu me diras?
Léa: oui oui, il faut que je parle des cailles, c'est trop bon!
Pia: et oui, on se comprend!
Gracianne: c'est exactement ça, il s'agit de faire de son mieux, et se dire qu'on n'est pas tout-puissant.
Vanessa: alors merci à Pauline et j'espère que tu aimeras aussi les billets d'ici!
Les chéchés: oui, c'est un bon résumé
Vanessa: alors nous sommes deux à avoir mal dormi! (mais aujourd'hui j'ai fini le Toussaint, je suis contente!)
Anne-Cécile: je viens juste de commencer, sur un joli Yamaha. Je m'applique, j'aime beaucoup ça, ça me détend. J'ai fait longtemps du violoncelle sans ressentir ni la curiosité ni le plaisir que j'ai avec le piano (mais ça m'a bien entraînée pour la clé de fa^^) Les sacs Madame Mo sont solides et beaux!
Rose: en fait tu as vu juste, c'est une parole de Souchon (je fais l'effort de varier mes sources ^^) dans les Filles électriques
I.: lundi j'ai dû partir en expédition by bus à Belasie pour acheter des feuilles de gyoza afin de finir une farce que j'avais préparée dimanche et que vois-je dans les vitrines réfrigérées? Des jolis daifuku qui se sont révélés très bons. J'ai tout à la maison pour essayer d'en faire. Qu'est-ce qui n'avait pas marché?Tu me rappelles quand est-ce que tu rentres?
Dada: merci!
Anonyme: j'essaie de lire pas mal de cas clinique de psychanalyse et aussi les séminaires de Lacan (notamment celui sur la relation d'objet)

24 septembre, 2009 00:18  
Anonymous Quiche said...

Mais ! "Allons-y Alonso", c'est du Doctor Who !
(oui, je sais - tu ne me connais pas, je n'ai jamais posté avant, bien que j'aime particulièrement cet espace, et ces quelques mots sont assez ridicules... Mais je ne peux pas m'en empêcher, c'est ce qui vient de me réveiller tout à fait.)

24 septembre, 2009 07:08  
Anonymous Camille said...

J'aime bien imaginer aussi qu'elle est entre de bonnes mains, mademoiselle T., c'est une situation si jolie, un peu cinématographique.
Et comme je viens de voir un Hitchcock où Dali himself a dessiné la séquence du rêve de G. Peck, je vois bien l'onirisme gourmand d'une brioche géante, de tartes molles ou de carottes en rang d'oignon).

25 septembre, 2009 10:06  
Blogger anne-cécile said...

En fait j'ai joué pendant 11 ans avant d'être séparée du piano familial par la prépa et l'internat... puis l'école... Maintenant j'ai un piano numérique chez moi, mais j'ai du mal à m'y mettre, c'est tellement différent... Et mes doigts n'obéissent plus comme avant!!
Il faut reprendre progressivement, cela me demande une patience qui me fait parfois défaut :)

25 septembre, 2009 14:38  
Anonymous nat@cha said...

Je connais une mademoiselle A qui souffrait de la même fascination-horreur pour la nourriture, elle adorait préparer à manger pour tout le monde et je n'ai jamais vu quelqu'un qui sache aussi bien utiliser une maryse pour passer la préparation du saladier au moule sans en perdre une seule goutte, sans avoir un centimètre à prélever avec son doigt pour le lécher.
Elle a recommencé à manger en tombant amoureuse, et depuis elle enseigne la cuisine à des étudiants ;-)

25 septembre, 2009 20:47  
Blogger patoumi said...

Quiche: mais who is that Doctor Who? Je vais faire des recherches!
Camille: je n'ai vu que deux Hitchcock, Les osieaux quans j'avais cinq ans et Psychose (accez décevant) quand j'en avais vingt-cinq. Toi tu as vu lequel?
Anne-Cécile: t'étais où en prépa?
Nat@cha: oh oui, c'est bien ce genre d'exemple, je ne désespère pas pour ma patiente!

25 septembre, 2009 22:57  
Anonymous Camille said...

La maison du Docteur Edwards : un amnésique prend la place du directeur d'un asile. Gregory Peck et Ingrid Bergman sont incroyablement lisses, impassibles et presque rassurants (ils peinent un peu à être sinistre, mais ça n'est pas le propos du film, l'angoisse n'est qu'une excuse).
J'aime bien Hitchcock, je l'apprécie de mieux en mieux à vrai dire, surtout esthétiquement - par contre j'ai bien aimé Psychose, qu'est ce qui t'a déçue ?

26 septembre, 2009 11:08  
Anonymous I. said...

Je n'ai jamais réussi à faire la fameuse pâte élastique et transparente (la mienne était à la fois affreusement collante et cassante), mais je me demande si ça ne venait pas de ma farine de riz gluant. Je reviens samedi prochain (dans une semaine). Bises.

26 septembre, 2009 15:25  
Blogger anne-cécile said...

J'étais à Lille, au lycée Faidherbe, math sup, math spé, math spé (autant en profiter jusqu'au bout!...)

26 septembre, 2009 23:35  
Blogger Heloquent said...

Bonsoir Patoumi,
Un simple message pour te dire un grand merci pour ces moments de poésie que tu nous offres à chaque message posté, bien au-delà des recettes délicieuses que tu nous proposes.
Tu dois vraiment être un docteur formidable et tes patients ont beaucoup de chance. J'espère que Mademoiselle T.redécouvrira les plaisirs des papilles grâce à toi

29 septembre, 2009 21:58  
Blogger patoumi said...

Camille: mon doigt a ripé en écrivant "assez", pour le reste, tu sais déjà!
I.: bon ça fait autre chose à essayer ensemble!
Anne-Cécile: je t'admire, tu n'imagines même pas!
Heloquent: merci beaucoup!

29 septembre, 2009 23:09  

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