mercredi 23 juillet 2008

Girls just want to have fun -une tarte chocolat et framboises-

Il était minuit et demi et je regrettais amèrement d'avoir choisi d'enfiler des sandalettes plusieurs heures plus tôt: j'avais les orteils glacés. Mon col de blouse s'était retourné et dans mes poches, deux emballages vides de madeleines hospitalières avaient été rapidement froissés puis enfouis entre deux vieilles ordonnances. Les madeleines quant à elles avaient été avalées dans un moment de détresse hypoglycémique qui m'avait rendue inutilement irritable une heure plus tôt. Mais bon quand même, j'avais faim (quand j'étais au lycée, j'avais quelques kilos en plus -et beaucoup de cheveux en moins. Je parle de leur longueur pas de leur volume. Fin de la minute capillaire- et j'enviais plusieurs de mes copines qui dégustaient un voire deux si un devoir de maths était prévu -on dirait pas comme ça mais j'ai fait un bac S avec plein de maths pendant l'année de terminale- de ces pains au chocolat qui étaient vendus encore tièdes dans de grands bacs en polystyrène et dont les bénéfices devaient probablement financer un quelconque voyage scolaire, je ne sais plus bien. En revanche je me souviens parfaitement de l'odeur de viennoiserie tiède qui emplissait le hall du lycée et des mains que mes copines s'empressaient de laver après cette collation extrêmement beurrée. Il me semblait alors que si j'en mangeais un à dix heures, non seulement j'allais augmenter ma population d'adipocytes mais en plus, jamais je n'aurais faim au déjeuner or à midi, je rentrais chez moi et... bon, vous savez un peu le genre de cuisinière qu'est ma maman.
Tout ça pour dire que j'ai une très grande résistance à la faim (notamment en vacances à l'étranger, lors de ces périples improbables où vous n'avez le choix qu'entre des boui-bouis sans charme et dont l'odeur de friture est fortement suspecte ou des "faux trucs" au menu ronflant pour lequel vous pouvez déjà anticiper un mal être abdominal en post prandial) mais parfois, et notamment au travail, quand il n'y a plus de sucre pour le cerveau, je pourrais arracher les cheveux d'une rousse en imper et casser les dents d'une blonde aux lunettes carrées.
A minuit et demi, j'ôtais cette blouse trop lourde au col retourné pour enfiler un gilet spécial Larzac et j'ai ouvert le réfrigérateur de l'internat avec une certaine excitation (ah manger! Mâcher!) et, évidemment, une non moins grande appréhension.
Il y avait un petit bol de mayonnaise plus que suspecte, des cornichons, des tranches de saucisson sec, de la salade en sachet, des salsifis au persil, des spaghettis, de la bolognaise, du gruyère râpé, des petits carrés de beurre, un reste de piémontaise, de la betterave cuite, des oeufs et de la soupe en boîte. Il faut croire que la faim abolit tout sens commun vu mon empressement à ouvrir la barquette de spaghettis agglutinés (moi la maniaque des pâtes j'ai mangé des spaghettis de l'hôpital, ce truc collant et mou et gluant. Mon dieu). J'en ai mis une large portion dans une assiette en porcelaine blanche (pas si moche que ça au demeurant), j'ai recouvert le tout de bolognaise compacte (en ne pensant pas à la qualité très aléatoire de la vache à l'origine de tout cela) et j'ai répandu trois petites barquettes de fromage râpé sur mon installation. Hop, le tout dans le micro ondes, surmonté d'une cloche pour ne pas tout salir, et en attendant, je suis allée me faire un thé (snob que je suis, j'amène mon propre thé dans des petits sachets préparés par mes soins à l'avance depuis que j'ai goûté le thé à la vanille de l'internat et que j'ai cru boire du savon. Je ne sais pas pourquoi, ils s'obstinent à acheter du faux thé genre aromatisé à la tarte tatin ou façon tarte au citron). C'était pas encore chaud comme il faut quand j'ai sorti l'assiette de sous la cloche mais j'ai fait fi de ma psychorigidité quant à la température des plats (pour vous dire jusqu'où va ma folie: je réchauffe systématiquement les assiettes avant de servir quoi que ce soit) et j'ai tout avalé avec probablement peu de classe sur un coin de table. Après ça, trois bouchées de yaourt et après le malaise provoqué par la faim, apparut, forcément, celui dû à la précipitation. Les gardes, ça me déboussole un peu.
Je ne vois pas passer l'été, les vacanciers qui partent en bord de mer me semblent irréels, la valise dans le placard est de plus en plus poussiéreuse. Je me demande d'ailleurs où j'ai rangé les clés qui l'ouvrent. Soupir.
Mais bon, on se lit des contes de Grimm à la nuit tombée, je ris beaucoup à la lecture d'un roman de Barbara Pym qui s'appelle "Une demoiselle comme il faut" -le titre original c'est "An unsuitable attachment" ce qui n'est pas tout à fait la même chose-, je bois de délicieux thés envoyés dans de jolies boîtes par une fille non moins exquise, j'essaie de ne pas m'inquiéter pour rien, je fais des tartes aux framboises et au chocolat.


Une tarte framboises et chocolat (d'après une recette de Pierre Hermé)
Pour un moule de 24 cm de diamètre

La pâte sucrée (vous pouvez congeler ce qui reste)
-140g de beurre demi sel à température ambiante
-75g de sucre glace tamisée
-50g de poudre d'amandes
-les graines d'une gousse de vanille
-1 gros oeuf
-245g de farine

Fouetter le beurre avec le sucre glace (j'utilise les crochets du batteur électrique)
Ajouter la poudre d'amandes et la vanille, bien mélanger.
Ajouter l'oeuf, toujours bien mélanger puis verser la farine et mélanger juste assez pour former une boule de pâte que vous aplatissez en galette épaisse avant de la laisser au moins quatre heures au réfrigérateur emballé dans du film étirable.
Au bout de ce temps, étaler la pâte sur une épaisseur d'environ 3mm (je fais ça entre deux feuilles de papier sulfurisé), foncer le moule, piquer la pâte à la fourchette, la laisser encore une demi-heure au frigo si c'est possible, sinon recouvrir de papier sulfurisé, de haricots secs puis enfourner environ un quart d'heure à 190°. Surveiller, les bords doivent juste dorer. Au bout de ce temps, retirer le papier et les haricots, réenfourner quelques minutes (pour ma part, j'éteins le four).
Laisser refroidir à température ambiante.

La crème chocolat et framboises
-250g de framboises
-145g de chocolat à pâtisser noir
-115g de beurre doux fondu et tiède
-1 gros oeuf battu et 3 jaunes d'oeuf battus
-1,5 cuillères à soupe de sucre

Faire fondre le chocolat au bain marie.
Laisser refroidir un peu avant d'ajouter l'oeuf battu puis les jaunes. Verser le sucre.
Bien mélanger à chaque fois puis verser le beurre encore chaud en filet.
Répartir les framboises sur le fond de tarte en en gardant quelques unes pour la décoration. Verser la ganache au chocolat et enfourner pour 11 minutes environ à 190°
Le dessus doit être mat comme un gâteau et la crème trembloter sous l'effet d'une légère secousse.

Pierre, qui n'a pas toujours le meilleur goût pour tout (et pour ma part, je n'aime pas du tout ses boutiques que je trouve froides et un rien prétentieuses), préfère cette tarte tiède. J'ai trouvé qu'elle se défend mieux froide mais bon, après tout, j'aime les tartines de kiri à la banane (et les pâtes aux saucisses de Strasbourg).

23 Comments:

Blogger betterave.urbaine said...

Chère Patoumi,
Personnellement je n'ai aucune résistance à la faim. Je suis irritable dès la première minute où elle se ressent. Je deviens imbuvable à partir d'une demi-heure, au bout de l'heure je tombe dans les pommes ou alors je tue mon amoureux qui le pauvre, ni peut rien. Alors non seulement je comprends très bien ta razzia de spaghettis bolo nuls, mais en plus, je pense que tu es une sainte d'avoir résisté à des pains aux chocolats tous gras avant des épreuves - de maths en plus !
Courage pour cet été sans valises, et continue les jolies tartes et les bons thés, ça semble te faire du bien.

23 juillet, 2008 22:37  
Anonymous rose said...

ah le petit goûter de 10h est un moment sacrosaint ! tes viennoiseries parfumées me rappellent les petits pains du collège (des petits pains "normaux", et des petits pains briochés délicieux)

23 juillet, 2008 23:28  
Anonymous Colloquial Cook said...

Hihi, depuis que je louche sur cette recette dans le bouquin de PH...Et bien ça a l'air moins écœurant sur ta photo que sur la sienne!

24 juillet, 2008 07:44  
Blogger les chéchés said...

juste une petite part de tarte, pour partager avec toi, un peu de ces vacances immobiles...

24 juillet, 2008 08:34  
Anonymous Eleonora said...

Mais non tu n'es ni snob ni psychorigide ! Le mauvais thé ça gâche tout, autant s'en passer qu'en boire du mauvais. Quant à la température des plats, si c'est tiède c'est pareil ça me gâche tout le repas. Le problème quand on commence à faire de la cuisine, on devient de plus en plus difficile. Parfois ça devient même un handicap... Jolie tarte !

24 juillet, 2008 09:14  
Anonymous Virginie said...

Je résiste difficilement à la faim mais là, je dois avouer que c'est à la gourmandise que j'ai du mal à résister...

24 juillet, 2008 09:39  
Anonymous Lisanka said...

Je suis aussi résistante à la faim, ça me permet de mieux apprécier ensuite. Je suis peu chocolat mais j'aimerais bien goûter ta tarte, pour le plaisir... et les framboises. Et le reste, aussi.
Buziaki
Twoja Lisanka

24 juillet, 2008 09:49  
Anonymous mika said...

Pas plus tard qu'hier en sortant d'un labo où l'on m'a pris tout mon sang - enfin au moins une éprouvette toute pleine - il fallait que je mange. Un besoin impérieux qui me rendait nerveuse : je passe devant le flunch (beurk!), il est onze heures, je regarde les alentours me sentant ridicule et coupable, je rentre et m'enfile un poulet-frite-carotte-lentille-purée-ratatouille...
Bon à ma décharge la dame du labo m'a annoncé un peu plus tard au téléphone : "positif". :-)

(motus et bouche cousue, hein!)

Sinon je te souhaite tout plein de courage, difficile de voir partir tout le monde en vacances.

24 juillet, 2008 12:19  
Anonymous bénédicte said...

Chère Patoumi, Je n'ai encore jamais essayé chocolat- framboises malgré tout ce que l'on peut voir sur les blogs.Ca a l'air bien tentant.
Mais Barbara Pym, quel bonheur assurément.Je ne me souviens plus de celui que vous lisez car je pense(ais) les avoir tous lus en VO. En rentrant chez moi je vérifie pour avoir le plaisir de m'y plonger cet été.Souhaiteriez vous que je vous en prête?
J'ai aussi acheté le journal de Virginia Woolf et n'ai qu'à peine commencé. Mais la seule préface de son neveu est déjà bien agréable à lire. Vite une tasse d'un bon thé et ces livres, non moins bons. À bientôt.
Bénédicte

24 juillet, 2008 12:38  
Blogger Philo said...

J'ai beaucoup aimé ton petit récit et du coup je me suis questionnée sur mon état quand je suis affamée. Finalement je suis irritable mais plutôt patiente !
En tous les cas une chose est sûre, je n'aime pas mangé un plat qui n'est pas assez chaud.
Quoiqu'il en soit elle est bien jolie cette tarte

24 juillet, 2008 12:45  
Anonymous Annellenor said...

Oups ! Je crois que je suis résistante à la faim si ce que je peux manger ne me plait pas ... Plutôt attendre que regretter d'avoir mangé un truc sans saveur et à la consistance infâme ... sans plaisir pour mes papilles ! Ma maman dirait-elle que je suis difficile et raffinée ?! ;o))
Par contre, je n'attendrais pas pour goûter ta superbe tarte choco-framboises !!!
Bon courage pour l'été !

24 juillet, 2008 13:39  
Blogger Sha said...

Je résiste à la faim mais c'est pas sans conséquences : Je peux mordre ^^
Toi aussi tu devais résister aux pains au choco de la récré étant plus jeune ? C'est pas juste la vie des fois ! Bon, quand y'a les bons plats de maman derrière, ça console !! Mais ça n'arrange pas les choses !

24 juillet, 2008 20:53  
Blogger Mingoumango (La Mangue) said...

(Après avoir passé la journée "dans les arbres")
Alors, je n'ai AUCUNE résistance à la faim. Mais vraiment AUCUNE. C'en est affligeant.
Sinon, l'été qu'on ne voit pas passer, les vacanciers qui paraissent irréels, ça me fait pareil...
Chocolat framboise, c'est une des mes associations préférées. Il faut que j'essaie ces tartelettes !

24 juillet, 2008 22:28  
Blogger patoumi said...

Betterave urbaine: quel commentaire délicieux. J'avaoue que j'en suis toute ragaillardie.
Rose: je devais (dois) vraiment être folledingo parce que j'ai toujours l'impression que la collation de 10 heures va me faire engraisser comme une oie.
Colloquial cook: et bien merci! J'avais un peu peur aussi du côté écoeurant de la chose mais en faut c'est très fin et tout ce beurre est contrebalancé par la fraîcheur et l'acidité des framboises.
Les chéchés: c'est si joli toujours ce que tu dis...
Eleonora: ah! c'est bon de se entir comprise!
Virginie: ah mais il ne faut pas résister à la gourmandise!
Lisanka: et un flan au chocolat?
Mika: félicitations:-))
Bénédicte: où peut-on vous écrire plus longuement? Je n'avais jamais lu de Barbara Pym (on dirait le nom d'un cocktail) et je suis sous le charme, c'est délicieux d'ironie et de douceur à la fois. Certains sont réédités en poches chez Christian Bourgois et je les trouve très jolis, c'est très graphique. A bientôt!
Philo: irritable, c'est le mot de la faim.
Annellenor: avant j'apportais des tartes aux légumes mais le contexte fait que je n'avais jamais aucn plaisir à les manger, un vrai gâchis, du coup je mets de côtés mes préférences et je me rabats sur ce qu'il y a de disponible... Je comprends mieux aussi pourquoi les patients parfois ne finissent pas leur assiette.
Sha:je crois que ça m'a vraiment traumatisée cette histoire de pains au choco et je suis ravie d'apprendre que je ne suis pas la seule!
Mingou: y'a plein de beurre là-dedans quand même...:-)

24 juillet, 2008 23:10  
Blogger stef said...

j'ai des relations tellement complexes avec la nourriture que je ne te trouve pas du tout extraterrestre!
les chocos de la récré me passaient également sous les yeux et je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais osé demander de l'argent à mes parents pour m'en acheter (et je suis sûre qu'ils auraient accepté!)
un été sans valises je connais aussi et ce n'est pas drôle mais ton heure viendra.... biz

25 juillet, 2008 15:47  
Anonymous Pascale said...

J'ai découvert ce blog il y a peu et moi qui me réjouissais d'y lire les tribulations d'une voisine, voilà qu'elle s'en va peut-être... le plaisir de la lecture reste et le délice des recettes vues aussi. Bon vent !

26 juillet, 2008 19:51  
Anonymous Miss épices said...

Bonjour Patoumi!
Je revis toutes mes nuits de gardes à l'internat de R----s par ton récit.
L'angoisse des nuits de garde provoque chez moi le besoin de me caler le ventre!
J'ai bien reconnu les grands saladiers de verre de l'internat et les salades baignant dans l'huile! Et aussi la barquette de mayonnaise!
Tu verras, les dimanches de garde, c'est souvent gigot d'agneau flageolets! Et le samedi, crevettes mayonnaise puis canard!
Je finissais par apporter mon propre pain à l'internat.

Merci encore pour tes récits si doux,
à bientôt
Miss épices

27 juillet, 2008 12:30  
Blogger patoumi said...

Stef: ah oui, il aurait fallu demander de l'argent aux parents... J'avais refoulé ce détail...
Pascale: j'espère que je vais rester en fait
Miss épices: alors à l'hôpital psy le dimanche j'ai eu droit à du lapin avec des tagliatelles et à des quenelles sauce aurore...
En fait je crois que je préfère encore les spaghettis! En tout cas, merci de me lire encore!

27 juillet, 2008 22:32  
Anonymous Anonyme said...

Je ne suis donc plus la seule à aimer les tartines de kiri et banane! Tout a commencé pour moi avec des tartines de camembert et banane mais à la cantine du lycée, fi de camembert! j'ai donc remplacé par le kiri....

29 juillet, 2008 12:33  
Blogger Estelle said...

Les cafètes des hôpitaux de ma région (j'en ai testé trois) sont bonnes et pas chères, si jamais tu fais un stage aux Etats-Unis, je te conseille Children's Hospital of Philadelphia, il y a carrément des sushis au menu !

Dans un autre registre, je regrette de ne pas avoir eu le temps de te contacter à Paris. Une autre fois, peut-être ?

29 juillet, 2008 16:43  
Anonymous Florence said...

Moi aussi j'ai des souvenirs de diners à l'internat : avec une amie, pour nous réconforter et éviter les "choses" peu appétissantes du réfrigérateur, nous achetions de délicieux nems à une petite boutique pas loin de l'hôpital, que nous dégustions avec de la salade et de la menthe. La tarte est superbe.
Bises.

29 juillet, 2008 21:53  
Blogger loukoum°°° said...

Cette tarte m'a l'air absolument parfaite pour mes papilles :)
Chocolat et framboise, le paradis...

Tu sais que moi aussi je me promène (chez mes parents, en vacances, en week end) partout avec mes thés... sinon je suis trop déçue...

plein de bisous (d'une autre fille qui a mangé trop de math en terminale... overdose), je suis sure que ta valise va finir par se dépoussièrer (sans doute plus vite que la mienne ^^)

30 juillet, 2008 21:44  
Blogger patoumi said...

Estelle: ahhh! Tu sais comme je m'en veux...
Florence: je désespère qu'il n'y ait même pas une petite boulangerie à côté de l'hôpital où acheter des croissants le lendemain matin! A bientôt?
Loukoum°°°: je pense toujours à toi quand je fais cette association là... allez, notre tour viendra!

30 juillet, 2008 21:55  

Enregistrer un commentaire

<< Home