mercredi 5 mars 2008

La rousse en imper qui m'empêchait de prendre l'ascenseur -le gâteau à l'orange de Momo-

Des secrets qui m'embêtent, j'en ai tout un paquet: j'ai pleuré devant Le cercle des poètes disparus (il se trouve qu'avec l'âge, j'exècre ce film dont l'issue est finalement très peu crédible); quand il reste des demi-oeufs lors de mes moments de pâtisserie, je les mets dans un petit mug blanc, je les passe au micro ondes puis je déguste mon oeuf ainsi cuit avec du ketchup ou du maggi; je connais un type qui ressemble vraiment beaucoup à Vincent Delerm et cela me met un peu mal à l'aise; j'aime bien le foie de veau; je ne savais pas qui était George Michael; j'ai beaucoup de mal à me supporter en maillot de bain; j'ai longtemps fait ce cauchemar où je suis au pied d'un immeuble en verre à la structure particulièrement labyrinthique. Il se trouve que G. habite dans les hauteurs de ce bâtiment tout en transparence et en fragilité. Pour accèder à son étage, je suis censée prendre l'ascenseur. Un ascenseur souvent compliqué, avec plusieurs fonctions à côté des classiques boutons désignant les étages. Il me fait un peu penser à l'ascenseur de Being John Malkovich. J'avais vu ce film un trente et un décembre, dans le cinéma de la petite ville de mes parents. J'appréhendais, comme de coutume, les réjouissances un peu forcées imposées par la date et je m'étais réfugiée au cinéma. Dans mon rêve, il y a toujours une rousse en imper qui m'empêche d'arriver là où je veux, elle m'embrouille avec le fonctionnement de l'ascenseur, elle répète "Tu n'y arriveras pas, tu n'y arriveras pas". Elle a souvent la bouche très rouge et des escarpins, avec des petits talons je crois. Comme les parois de l'ascenseur sont également translucides, au gré des allers retours que fait l'appareil (car je suis induite en erreur par la rousse en imper, je n'arrive pas à me décider pour un étage, elle me trouble trop), je ne fais que scruter les vitres des appartements à la recherche de la silhouette de G. Mais il n'est nulle part et je reste extrêmement angoissée dans cet ascenseur avec cette très belle rousse en imper qui me sourit froidement.
Je déteste ce rêve et je voudrais que cette rousse en imper cesse de m'empêcher de dormir.
Pendant l'absence de G., qui dure encore, j'ai écouté en boucle des histoires de rivières de janvier, de saisons blanches et austères, de jour sous somnifères, des vacanciers qui partent aux sports d'hiver, Modiano sous un réverbère, envisager de relire Hervé Guibert, j'ai avalé sur la table de la cuisine pas toujours nettoyée un gratin de ravioli à l'appenzeller, un pita burger, un curry aux crevettes et aux litchees, des crêpes au chocolat, de la brioche avec du beurre, j'ai écouté à la radio des papous faire les zouaves, de la musique contemporaine, Laëtitia Masson parler des "gens qui n'y arrivent pas", une interview de Vincent D., des souvenirs d'Yves Simon et plusieurs fois, les informations, je suis allée au marché où j'étais redevenue, pour ceux qui ont la mémoire courte "Mademoiselle", j'ai acheté un magazine plein de futilité avec une très mauvaise actrice française en couverture, j'ai cédé à la tentation d'un beau torchon plein de poupées russes et d'oiseaux qui n'existent pas, et à celle d'un cahier qui m'intimide encore tant je le trouve joli, je n'ai pas vu le temps passer lors d'une conversation téléphonique, j'ai envisagé mille fois d'appeler J.M., je suis restée déconcertée par les convictions politiques de L., j'ai vu la dernière saison d'un vieux soap opera, j'ai revu toute la neuro à grand renfort de crèmes au chocolat dégustées dans le bureau, j'ai plongé mon visage dans la garde robe de G.
J'ai lu un recueil de nouvelles pour adolescents où celle écrite par Olivier Adam, dont le début me paraissait pourtant laborieux, m'a chaviré le coeur. Lisez, offrez La cinquième saison. On y parle d'un garçon qui veut être psychiatre et qui lit Roland Barthes, d'une fille qui rescense dans un cahier tous les endroits où l'on peut tranquillement faire la sieste, d'un garçon qui attend son amoureuse un trente et un décembre, d'une fille sur la plage en novembre, une autre enfin qui aime se réciter quand elle a peur du silence, sa chanson préférée:
Le roi a fait battre le tambour,
Pour voir toutes ses dames
Et la première qu'il a vue
Lui a ravi son âme.

Pour occuper les longues soirées, un peu de pâtisserie. Un soir des petits puddings à la banane et au tapioca, un autre une charlotte à la banane et au chocolat (j'attends de voir le résultat), un autre un petit gâteau à l'orange, délicieux de simplicité, parfumé comme dans un rêve. Une recette que Sonia Ezgulian tient de Momo qui jamais ne cède "ni à la panique ni à la colère".


Le gâteau à l'orange de Momo , une recette issue d'un livre de l'Epure très vitaminé
J'ai divisé les proportions par deux, ce qui est parfait pour un petit moule de onze cm de diamètre et quatre cm de hauteur. Si vous multipliez par deux, je pense que ça convient bien pour un moule à manqué de vingt cm de diamètre
Les proportions qui suivent sont celles que j'ai utilisées (donc déjà divisées par deux)

-une orange bio
-60g de sucre roux
-50g de beurre demi sel bien mou
-75g de farine
-un oeuf
-un demi paquet de levure chimique
-un peu de sucre glace

Fouetter le sucre avec le beurre, ajouter l'oeuf puis le zeste d'une demie orange ainsi que le jus d'un quart d'orange (à peu près!)
Bien mélanger avant d'incorporer la farine puis la levure.
Verser dans le moule que vous avez choisi et faire cuire environ trente minutes dans un four préchauffé à 180°.
Vérifier la cuisson avec un cure dent. Si elle est effective, se lâcher avec une fourchette en faisant plein de trous à la surface du gâteau. Verser alors le reste du jus d'orange, saupoudrer de sucre glace et admirer avant de déguster.

31 Comments:

Anonymous Lisanka said...

La p'tite part est adorable. Je vois que je ne suis pas la seule pour les blancs d'oeufs, ce qui me rassure! Et la neuro à grands renforts de crème au choco, ça doit rentrer tout seul ;-)

Courage,

Lisanka

05 mars, 2008 07:40  
Blogger Natalia said...

Le plus simple des gâteaux est souvent le meilleur... celui ci semble parfaitement simple et bon !!
Je me retrouve assez bien dans ce genre de rêve angoissant où l'ont est comme "paralysé" par la présence d'un personnage/environnement "malveillant". Bonne journée de labeur, Dr. Patoumi...

05 mars, 2008 09:40  
Anonymous Stéphanie said...

J'avais aussi pleuré (et pas qu'un peu) devant le cercle des poètes disparus, je me rappelle de ce film que j'ai mis longtemps à comprendre, ce qui était écrit dans le vieil almanach de lycée de l'époque du professeur (" Monsieur K aime lutiner la gueuse"); j'avais fait un mauvais découpage des syllabes et ça ne voulait absolument rien dire. J'ai presque rougi de ma bêtise le jour où j'ai enfin compris...

05 mars, 2008 09:58  
Blogger leschéchés said...

le petit cahier qui intimide tellement il est joli... je viens d'en recevoir un, tout beau, avec sa couverture toute douce... je le prend, je le respire, j'adore l'odeur de son papier...
j'aime beaucoup ce que tu écris, je sens la saveur moelleuse de ton gâteau à l'orange... un vrai cocon...
c'est étrange cette impression de se retrouver parfois dans tes mots... merci...

05 mars, 2008 10:12  
Blogger Flo said...

Je le ferais volontiers ce gâteau à l'orange, j'ai besoin de soleil dans l'assiette :-)

05 mars, 2008 10:19  
Anonymous Grand Chef said...

Mon cauchemar le plus détesté, c'est d'être dans une rue très pentue, commerçante, avec des tas de gens qui marchent comme si de rien n'était, et moi je n'arrive pas à la monter, je glisse en arrière, je rampe, je racle le sol de mes mains je sue, je grimpe laborieusement centimètre par centimètre, j'ai mal partout et impossible d'avancer ni de me mettre debout. C'est grave docteur?

Sinon j'ai adoré la belle brune de Being John Malkovitch, avec la chemise blanche et son rire franc, quelle femme!

05 mars, 2008 10:34  
Blogger patoumi said...

Lisanka: parfois il reste un peu de jaune aussi. Ca me rassure que tu le fasses, il y a plein de gens dans mon entourage qui trouvent ça dégoûtant.
Natalia: il est délicieux. Le coup des petits trous avant de verser le jus n'était pas dans la recette initiale mais c'est vraiment le truc chouette de ce gâteau!
Stéphanie: j'ai pas tout compris là... Et tu sais que je t'ai aperçue dans le métro avec Rudy la semaine dernière? Mais vous descendiez, c'étit trop tard pour le bonjour!
Les chéchés: merci beaucoup! Je trouve qu'il règne chez vous une atmosphère très agréable aussi!
Flo: il est vraiment inratable et délicieux...
Grand Chef: et oui, les brunes (en chemise blanche entrouverte) ne comptent pas pour des prunes!
Ton rêve m'inquiète, tu ne suis pas d'un peu trop près les actualités?

05 mars, 2008 11:22  
Blogger Sunny said...

Un gâteau qui m'a l'air bien doux pour les lendemains de cauchemars... et en part individuelle comme tu l'as fait, pas de risque que la rousse en imper t'en pique un morceau!

05 mars, 2008 12:05  
Anonymous rennette said...

j'avais détesté le Cercle des Poètes disparus (sauf pour la découverte de Robin qui changeait un peu des stars habituelles) !
à l'époque impossible de dire qu'on n'aimait pas, d'expliquer pourquoi et de débattre !!
les gens ne retenaient que la liberté en classe (pas de classe), les jeunes (bien mis pas banlieues) sur les tables, ...
j'avais trouvé ce film tellement violent...

05 mars, 2008 12:07  
Anonymous l said...

Je suis incapable de me souvenir du moindre rêve... une solution docteur?
Mais je suis tout à fait capable de craquer pour ce livre...ou ce gateau...

05 mars, 2008 12:38  
Anonymous loukoum°°° said...

c'était moi juste au dessus ;)

05 mars, 2008 12:39  
Blogger Flo Bretzel said...

Quelle chance il a ce Momo!

05 mars, 2008 14:54  
Anonymous verveinecitron said...

Moi qui ai justement besoin de douceurs vitaminées en ce moment, je vais illico faire ce gâteau: il sera prêt juste à temps pour mon goûter ^^

PS: Je crois que j'ai acheté le même magazine que toi la semaine dernière. Les initiales de l'actrice en question ne seraient-elles pas E.B?

05 mars, 2008 15:23  
Blogger lena sous le figuier said...

La rousse incendiaire, une blonde carnassière, ou même une brune fatale peuvent devenir des filles sympas, quand notre taux d'hormones baisse de manière inversement proportionnelle à notre âge.... Alors patience, de ce côté, ça devient plus facile.

J'ai choisi le pudding à la banane, mais j'aime trop les gâteaux à l'orange pour ne pas essayer la recette de Momo dans les prochains temps...

05 mars, 2008 17:19  
Anonymous mika said...

Je te pique la recette :-)
tb soirée à toi

05 mars, 2008 17:32  
Blogger gwenzardin said...

Momo est formidable, on aimerait avoir ses qualités, ce gâteau à l'orange (à trouer, ça peut détendre!) aussi!S'il est inratable en plus...
Miam.

05 mars, 2008 19:25  
Blogger patoumi said...

Pendant qu'un curry cuit...
Sunny: elle n'en aura pas une miette!
Rennette: en fait je trouve qu'il n'y avait pas de quoi mourir... Et qu'il y a d'autres façons d'inciter de jouir de la vie.
Loukoum: en te forçant bien, au réveil, il y aura sûrement des trucs qui te reviendront. Mais j'avoue que c'est un vrai exercice (et qu'on peut avoir d'autre chose à faire au réveil!)
Flo: en fait il paraît que c'est une fille
Verveine citron: non, c'est SM! Pfff, même les fiches cuisine sont pas terribles dans ce numéro!
Léna: j'avais oublié les blondes carnassières! Terribles!
Mika: tu ne le regretteras pas!
Gwen: j'ai adoré les coups de fourchette! Redites moi si vous le faites!

05 mars, 2008 19:50  
Blogger Néo said...

Alalalala...

J'ai passer la nuit avec une amie rousse, qui voulait acheter des pâtes, et dès qu'on arrivait près du magasin, il s'éloignais ou pire, on s'était trompé...

Tout après avoir lu ton post bien entendu!!!

06 mars, 2008 10:38  
Anonymous eva said...

J'imagine que la partie qui consiste à faire des trous avec une fourchette est assez jouissive ...
Je vais suivre tes conseils et acheter La Cinquième Saison !

PS : les rousses, ça prend des coups de soleil redoutables ...

06 mars, 2008 16:11  
Anonymous gourmeline said...

oh ! les belles adresses de shopping, c'est encore mauvais pour mon shopping tout cela !
Mais où trouves-tu le courage de tant cuisiner ? qu'est ce que j'aime te lire !

06 mars, 2008 21:36  
Anonymous Maya said...

Moi aussi je connais cette chanson, je la chantais quand zétais petite...

07 mars, 2008 10:37  
Blogger patoumi said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

09 mars, 2008 11:22  
Blogger patoumi said...

Néo: désolé pour cette nuit agitée!
Eva: :-)
Gourmeline: ça m'anxiolyse pas mal de cuisiner en fait!
Maya: oh moi qui croyais que c'était une chanson qui n'existait pas en vrai... Merci pour l'info!

09 mars, 2008 11:22  
Anonymous rose said...

J'ai aussi pleuré des rivières devant "Le cercle des poètes disparus", et c'est vrai que la fin est racoleuse et s'apparente à une démission ; mais je lui conserve une certaine tendresse, car il me rappelle mon prof de français de l'époque (qui bien sûr exécrait ce film où l'on arrachait les pages des livres pour montrer sa "liberté").
Sinon cette rousse en imper rime bien avec ravioli à l'appenzeller, Hervé Guibert, sports d'hiver ; il doit y avoir une petite comptine protectrice à composer comme dans la "cinquième saison":)

09 mars, 2008 14:12  
Blogger Mingoumango (La Mangue) said...

Tu en fais des choses quand G. n'est pas là... Mes week-ends en solitaire ne sont pas aussi bien occupés ;-)

09 mars, 2008 19:04  
Anonymous cuisineplurielle said...

ce gateau m'a l'air furieusement "réel"

10 mars, 2008 14:15  
Blogger Gracianne said...

Ca y est, j'ai la chanson dans la tete.
Elle est la, si tu veux l'ecouter en entier: http://bmarcore.club.fr/Tine/E247.html
Mais attention, c'est la version Yves Montand, il faut supporter sa voix.
Je crois que je vais devoir m'acheter des petits moules pour faire tes recettes.

11 mars, 2008 11:16  
Blogger Virginie said...

Ce gâteau me donne très envie ... mais je n'ai pas d'orange. En revanche j'ai des mandarines que j'ai beaucoup de mal à éplucher ! crois tu que ce serait aussi bon ?!
Bonne journée ^^

Au-pays-des-merveilles.com

13 mars, 2008 12:38  
Blogger patoumi said...

Rose: aurait-on eu le même prof de français?
Mingou: ah oui, mais je ne suis pas allée à la piscine.
Gracianne: comment te remercier?
Virginie: merci d'être passée par ici! Si tes mandarines sont parfumées et goûteuses, ça ira très bien!

13 mars, 2008 14:00  
Blogger Mingoumango (La Mangue) said...

Alors, c'est quand que tu reviens ?

17 mars, 2008 23:24  
Blogger l'oeuf qui chante said...

Je suis très en retard pour le commentaire, mais je découvre tout juste ton blog, que je trouve ma foi passionnant !
Et au fil des billets, j'aperçois cette charmante assiette qui me fait de l'œil : dis dis, tu l'as achetée où ?
Signé : une future fidèle lectrice :)

09 septembre, 2009 14:47  

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