samedi 16 décembre 2006

A quoi rêvent les petites filles (quand elles s'ennuient au restaurant)?

D'habitude quand nous rentrons du marché et bien que nous soyons extrêment chargés (mais j'aime bien avoir le cabas qui déborde avec le poireau qui tente de s'échapper), nous faisons toujours une halte chez un bouquiniste à côté d'un magasin de robes de mariée qui vend des modèles particulièrement laids (sur le chemin il y a aussi: une boutique chic et branchée qui expose en vitrine des petits ensembles Vanessa Bruno, une bijouterie qui propose des bagues anciennes vraiment jolies mais qui ne m'iraient pas du tout -la dernière fois, il y avait une grosse bague en bel ébène sertie de quelques minuscules diamants-, des magasins de déco inégaux mais systématiquement bondés, un tailleur pour homme, le coiffeur de G...).
Il y a souvent de bonnes surprises sur l'étal de ce bouquiniste, notamment au rayon cuisine. J'y avais déniché un livre sur la cuisine américaine très joliment illustré qui reprend toutes leurs spécialités région par région; j'aime beaucoup ça, avoir une vaste et précise vision des pratiques culinaires d'un pays. G. a très hâte d'y retourner feuilleter un livre de cuisine espagnole.
Ces midis-là, nous déjeunons souvent du contenu du cabas, je trouve ça infiniment agréable de manger quelque chose qui vient d'être acheté pour la simple raison qu'on en avait envie (et pas parce qu'il faut manger équilibré ou que le produit avait un prix abordable ou je ne sais quoi d'autre; j'avoue que parfois j'ai une sorte de grand surmoi qui me dicte mon menu selon ce que je pense être bon pour mon organisme alors que pour mes papilles, c'est juste bof bof... Oui je sais, on peut combiner les deux, et c'est ce qui se passe le plus souvent, mais quand même, quand je mange du fenouil ou des navets ou des poires ou du potiron, ce n'est pas tout à fait parce que j'aime ça. Complètement maso la Patoumi!), que le produit était beau, sentait bon et qu'en plus, la personne qui le vend est gentille. Quel plaisir!
Mais samedi dernier, avant d'aller au marché, en allant choisir un sapin, nous avons découvert un nouveau salon de thé-restaurant, coincé entre une agence de relooking et une boutique Oliviers and Co. Ce genre d'établissement faisant cruellement défaut à Rennes, nous avons décidé d'y déjeuner. Le boudoir, ça s'appelle.
Pendant que nous achevions une crème brûlée au thé plutôt réussie, une petite fille est entrée avec ses parents. Ils se sont installés à une table, perpendiculairement à la nôtre. La maman est une grande femme blonde au visage marqué. Le papa est un costaud monsieur brun, à la voix puissante, qui ôte avec une virilité calculée son écharpe en cachemire (comment je sais que c'est du cachemire? Peu importe, disons que ça y ressemble fortement). La petite fille a de longs cheveux châtains, avec une coiffure d'adulte, et le regard de celles qui trouvent déjà que la vie est d'un ennui infini. Ils commandent pour elle la même chose qu'eux, à savoir une grande assiette de charcuterie et de fromages italiens, ils demandent juste que le verre de vin prévu avec soit remplacé par quelque chose de plus adapté pour les enfants. Pour eux, ils demandent aussi une bouteille de vin. Quand les assiettes sont servies, ils ne lui souhaitent pas un bon appétit, ils discutent à deux et ne lui demandent pas non plus si elle trouve ça bon. Je la regarde à la dérobée, elle a un beau visage terriblement triste. Quand la gentille serveuse vient leur proposer un dessert (de la crème brûlée au thé donc, un gâteau sicilien, du fondant au chocolat, un crumble poire-figues, un sorbet citron avec une soupe au kiwi), ils disent "Non merci, juste un café." Et puis se tournent vers elle: "Ah mais toi tu veux peut-être quelque chose?" Puis répondent à sa place: "Bon, le chocolat tu n'aimes pas ça. Alors, quoi? Rien. Y'a rien pour toi" Tout cela n'est pas du tout dit méchamment, au contraire, le ton est plutôt prévenant. La petite fille n'a pas l'air spécialement affectée, peut-être est-ce l'habitude, je ne sais, elle a juste l'air ailleurs.

Au marché nous avions acheté des cubes de noix de coco séchée pour faire des muffins fraise-coco, ce n'était pas une franche réussite. Heureusement, je n'en avais fais qu'un à ce parfum, les autres étaient au chocolat, et c'était bien mieux. Pour prendre ma revanche sur les malheureux sablés menthe-chocolat (oh Eva, je sais que tu n'aimes pas ça, désolée), j'ai fait la version muffin avec de la menthe séchée et, whaou!, c'était délicieux! Je n'ose vous donner la recette des muffins, je crois que chacun a la sienne, j'utilise juste du lait ribot et de la farine T65.
Je vous souhaite un excellent weekend, lumineux et gourmand.

9 Comments:

Anonymous Cathy said...

Je me pose après une semaine bien chargée et c'est avec joie que je découvre que j'ai 2 billets à lire chez toi !
alors moi je suis comme Eva, je n'aime pas les after height , je déteste la menthe dans les desserts, donc je passe mon tour
mais quel plasir de te lire,j'adore l'expression "virilité calculée"
Merci aussi pour l'adresse à Rennes, je vais sans doute y aller prochainement, donc je la note

16 décembre, 2006 11:51  
Blogger Alhya said...

j'ai cru qu tu lui avait proposé un e tes muffins à cette petite fille si seule!!elle aurait surement apprécié!

16 décembre, 2006 13:03  
Blogger veronica said...

oups que de tristesse pour cette enfant...
bon on se redonne du peps avec tes beaux muffins...

16 décembre, 2006 13:23  
Anonymous $ha said...

Je n'aime pas non plus les after eight,
mais ton article m'interpelle, cette petit fille me touche de par ta description...

Au passage, tes photos sont très belles,
et je testerais bien le lait ribot!

16 décembre, 2006 13:54  
Anonymous eva said...

Je n'aime pas les after eight mais ... je lis toujours avec délice. Il faut se méfier des hommes qui portent le cachemire à même la peau.
Il ne faut pas lâcher sur les muffins, plusieurs tentatives sont souvent nécessaires pour arriver au bon juste mariage, ou tout au moins à celui qui nous plaît !

16 décembre, 2006 14:29  
Anonymous lena said...

Quel joli regard tu as sur les autres, attentif et généreux, non pas une curiosité mais un intérêt sincère.
Je relirai tranquillement ton billet à un autre moment mais déjà tu interpelles; cette petite fille me fait penser aux mêmes qui sont accompagnées par leurs mères chez le médecin, lesquelles répondent à leur place à toutes les questions d'un ton autoritaire et définitif; pour certains, l'enfant n'est pas encore une personne, un paquet parfois encombrant, dont on croit tout connaître, normal puisqu'on l'a fabriqué!
Difficile alors de se faire une place et pourtant un peu d'ennui ne nuit pas, place ouverte à l'imaginaire et à bien des souhaits et des désirs pour quand on sera grand...
Bon et doux week-end,

16 décembre, 2006 14:50  
Anonymous menus propos said...

J'ai pris beaucoup de plaisir à te lire. Cette petite fille m'a attendrie. J'ai aimé ton regard sur elle. N'était-elle pas "trop" sage ?
Photo des muffins top!

16 décembre, 2006 21:12  
Blogger Gracianne said...

Et toi, a quoi reves tu quand tu t'ennuies?
Joli, joli texte, ca ne m'etonne pas que tu aimes bien Delerm.

18 décembre, 2006 16:35  
Anonymous Cam said...

très joli texte... merci beaucoup de remarquer ces choses là, on a trop vite fait de passer outre...

29 janvier, 2007 17:32  

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