vendredi 3 septembre 2010

C'était assez bien pour nous pourtant* -blueberry and almond cake-

Matins vacillants.
Pieds nus sur leurs pointes et sur le parquet glacé, j’avance en titubant dans la cuisine et j’ai l’œil encore mi-clos quand je surveille le lait au bord de l’ébullition. Pas de radio, j’écoute encore mes rêves.
Et comme j’ai trop traîné, je me brûle la langue avec le chocolat chaud.
La rentrée est difficile ! La vie paraît plus simple à Biarritz, installée dans le canapé du Festin Nu à feuilleter des livres de cuisine, accoudée au troquet près des Halles avec du champagne et des tapas, concentrée sur les parfums des glaces (yaourt ? coco ? straciatella ? citron ?), occupée à photographier les vagues au pied du phare, divisée sur cette jupe bleue à Lily of the valley, être épatée par l’andouille basque au piment d’Espelette... Penser à tout cela m’a un peu serré le cœur le jour où je suis revenue à l’hôpital. Je me demande à quel point il faut aimer son métier pour ne pas être un peu triste quand on vide sa valise et qu’on la range en attendant la prochaine fois.
(Jusqu’à très tard, la vingtaine dépassée, je ne partais jamais en vacances et j’accueillais les premiers jours de juillet avec une angoisse sourde. Je me souviens qu’enfant, je fantasmais sur les images d’embouteillage qui passaient à la télévision, avec cette expression dans la bouche du journaliste qui me rappelait ce à quoi je n’avais pas droit Le chassé-croisé du mois d’août. J’étais en général très triste l’été, je trouvais que tout ce soleil était parfaitement insultant quand on s’ennuie à mourir)
Je ne savais pas encore que parfois, le ravissement survient à l’improviste.
Je vous conseille, en cette rentrée, comme baume au cœur radical, de vous procurer Fin août, début septembre. Je l’avais déjà vu il y a longtemps mais un revisionnage attentif et ému a décuplé mon affection pour ce film. J’ai pas mal bassiné G. pendant les jours qui ont suivi, lui racontant comme Jeanne Balibar (fauchée et quittée mais qui s’y connait en restaurant vietnamien) me file des frissons quand elle croit en ce qu’elle n’a pourtant plus, à savoir l’amour de Mathieu Amalric, qui sachez-le, même lorsqu’il fait visiter un appartement, a un charme fou. La façon qu’ont les personnages de se chercher, de se tromper, d’hésiter, de ne pas se comprendre mais-en-fait-si-mais-autrement m’a enchantée. Il s’agit juste de vivre sa vie, mais c’est un peu compliqué.
On suit donc la séparation de Jenny et Gabriel, des sentiments naissants de ce dernier pour une fille fantasque accroc au Tac-o-Tac et au Loto Sportif, Anne, tandis qu’un ami commun, un écrivain, Adrien, qui lui-même vit une histoire sensible avec Véra, une lycéenne aux cheveux courts, se meurt d’une maladie ancienne. Mais ce n’est tant pas un film sur la mort, que sur ce que cette mort révèle d’eux-mêmes à ce qui restent, aux vivants. Et c’est cette nouvelle force, ce printemps en automne, qui m’a aidée lorsque les matins étaient trop vacillants.
Dans un registre plus réel, pour se sentir plus fort que les chefs cruels, les comptes en banque inexistants, les familles compliquées et les amis qui s'en vont, il ne faut pas hésiter à préparer un gâteau aux myrtilles.


La recette de Julia, avec des cassis, est à suivre les yeux fermés et, même s'il se garde très bien grâce à la pâte d'amande, des morceaux délaissés de gâteau sont délicieux recouverts de lait bien frais.
J'ai juste diminué un peu les proportions.

Blueberry and almond cake
-4 oeufs
-200g de sucre
-120g de pâte d'amande râpée
-190g de farine
-60g de beurre
-500g de myrtilles

Fouetter les oeufs et le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse et devienne mousseux.
Ajouter la pâte d'amande puis la farine en mélangeant bien à chaque fois.
Verser la pâte dans un moule beurré et fariné.
Répartir les fruits à la surface en les enfonçant un peu.
Recouvrir de lamelles de beurre, saupoudrer d'un peu de sucre et enfourner environ 45 minutes dans un four à 200°.

*Le couple qui visite l'appartement que Gabriel et Jenny vont quitter font un peu la moue et je ressens, comme Jenny, une petite tristesse quand les gens visitent l'appartement que nous quittons bientôt, avec les lèvres pincées.

21 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Avant, je n'aimais pas non plus les vacances... (ni le sport) -- pas encore de visites dans notre appartement, là je vais sortir pour aller à l'agence demander la fermeture de ma ligne de tél... En passant devant une boîte aux lettres, je déposerai la carte que je vous ai écrite hier. Bonne journée et bonne rentrée, quand même. xxxxxxxxxxx

Camille de bxl

03 septembre, 2010 08:52  
Blogger croukougnouche said...

oui, ce ressenti lors des visites du lieu que l'on doit vendre , est très spécial , j'ai vécu ça entre 1998 et 2000 , quand nous recevions les gens très hétéroclites dans notre maison de ville , plutôt atypique , et qu'ils repartaient soi-disant très séduits par la terrasse perchée en face du clocher ,pleine d'hortensias , avec le gros chat noir et blanc posté pour la chasse aux martinets, mais qu'on ne revoyait jamais .
La rentrée est difficile aussi pour moi , l'éducation nationale ,visiblement veut éliminer peu à peu les intervenants extérieurs , et même la musique semble menacée..
heureusement , figues et mûres gardent à ce début d'automne , un goût d'été . J'adore Jeanne Balibar au ciné et quand elle chante ..

03 septembre, 2010 09:11  
Anonymous arrosoir said...

À voir ce film pour tenter d'être plus légère...fille unique et parents commerçants dans une ville de bord de mer (pas de vacances l'été), je trouvais long l'été et me régalais tellement de la rentrée et de l'école...mais je crois que dans l'ennui, j'ai nourri des rêves aussi !

03 septembre, 2010 09:30  
Blogger Cléo said...

Amalric m'a un petit peu agacée dans Tournée mais Jeanne B. me ravit toujours. Je vais essayer ce gateau.

03 septembre, 2010 09:38  
Blogger Julia* said...

Superbe adaptation du "svart vinbärskaka med mandel" ! L'assiette Marimekko fait toute la différence... et le film qui l'accompagne aussi ;-)

03 septembre, 2010 11:34  
Blogger MaCalamity said...

Si j'avais eu cette recette, hier ...
;)

03 septembre, 2010 11:39  
Anonymous Amandine said...

Je l'ai attendu cette rentrée (puisque je ne suis pas partie)! Cette recette me semble tout à fait parfaite pour étrenner mon assiette Marimekko (j'ai aussi craqué pour un mug et une tasse à thé oups). Merci

03 septembre, 2010 12:38  
Anonymous Anonyme said...

Quand je retournais à l'hôpital travailler, la nuit précédente était cauchemardesque et j'avais le matin l'estomac tout barbouillé....qui allai-je retrouver de ceux que j'avais quitté quelques temps auparavant et qui serait parti....
Ce gâteau est vraiment tentant avec l'utilisation inhabituelle de la pâte d'amande, je vais essayer.
Bon courage

03 septembre, 2010 14:40  
Blogger Cécile said...

J'ai énormément aimé ce film, pour les raisons que tu détailles si bien. C'était il y a des années. Tu me donnes envie de le revoir.
Merci pour la "chasse à la baleine", triste, certes, mais belle.
je t'embrasse, bon courage pour ce "retour".

03 septembre, 2010 15:09  
Blogger Cécile said...

J'ai oublié l'essentiel: je suis heureuse que tu aies désormais les vacances que tu as longtemps rêvées, sans doute est-ce aussi pour cela que tu sais si bien les apprécier.

03 septembre, 2010 16:37  
Blogger Ananim said...

Le gateau a l'air delicieux. Moi j'ai toujours trouve qu'il y avait quelque chose de prometteur dans les retours de vacances - rentree scolaire - retour au travail- mais c'est vrai que la vie a l'air plus simple en vacances. Toujours. Bonne rentree en tout cas !

05 septembre, 2010 08:06  
Anonymous rose said...

Ces visiteurs n'ont aucun goût, probablement ;) En tout cas, moi, tout me ravit dans ce billet, les souvenirs de vacances, le conseil cinématographique (non, je ne l'ai pas vu, ce film), ce gâteau à la pâte d'amande et aussi le commentaire de Cécile.

05 septembre, 2010 15:18  
Blogger patoumi said...

Camille: moi aussi, je vais bientôt envoyer quelque chose...
Croukougnouche: nous louions l'appartement que nous quittons, qui n'est pas mirobolant mais très bien quand même je trouve et les gens qui viennent le voir faut "Berk c'est moche":-( Sinon, la prochaine fois, je vais parler de mûres je crois.
Arrosoir: c'est vrai, l'ennui c'est très bien pour les rêves et la création!
Cléo: évidemment, je préférerai toujours Amalric jeune, parce qu'il paraît si fragile, même quand il s'énerve! Balibar est super émouvante dans le Assayas, parce qu'elle est délaissée pour Ledoyen et qu'elle constate, sans amertume malgré ce qui lui est dit à ce moment, que les filles "comme ça", on les voit venir (et c'est pas joli joli)
Julia*: merci pour la recette!
MaCalamity: oserais-je dire "Il y a un temps pour tout?"
Amandine: la série est tellement joli, il est difficile de résister...
Anonyme: qui êtes-vous, qui avez l'air de bien connaître l'hôpital?
Cécile: *suis émue* Merci.
Ananim: j'aime l'ébullition de la rentrée mais le charme des vacances me manque toujours un peu pendant quelques jours!
Rose: *ça fait plaisir*

06 septembre, 2010 00:33  
Anonymous Fillededécembre said...

Ma vie est bien moins philosophique ... Looooooooooooool
Bonne rentrée !

07 septembre, 2010 08:49  
Anonymous Artsakountala said...

"Pas de radio, j’écoute encore mes rêves." Une phrase magnifique ...

07 septembre, 2010 15:38  
Anonymous mArie said...

Ce gâteau hante mes jours et mes nuits, seulement en ayant aperçu ta recette 5secondes...
Demain j'en fais deux pour deux familles différentes.
J'espère que ça aura du succès, surtout aprés "My blueberry's night" de norah john's et jude law...

08 septembre, 2010 17:37  
Blogger Easy kitchen said...

Ado je détestais les vacances; c'était l'ennui sans fin car tous mes amis partaient en colo et pour nous c'était vacances chez mamie. C'est grâce à ça que j'aime lire car il n'y avait rien d'autres à faire : lire, faire des jardins japonais dans les bois avec de la mousse, et rêver. Depuis j'adore finalement ces moments de solitude et je m'ennuie jamais quand je suis seule

09 septembre, 2010 13:52  
Anonymous Hélène said...

J'aurai bien besoin d'un gateau à la myrtille.. Pour deux personnes c'est bien? Ton moule est grand comment? Je n'ai qu'un moule de 22cm, je pense qu'il est un peu trop grand, je voudrais que le gateau soit assez haut! Je vais chercher ça!

30 septembre, 2010 11:30  
Blogger patoumi said...

Hélène: je l'ai fait dans un moule de 20 cm avec des bords de 4cm, un vieux truc à fond amovible acheté en soldes chez Habitat!

01 octobre, 2010 00:10  
Blogger patoumi said...

Artsakountala: ça c'est sortie tout seul, mêmesi d'une manière générale, j'écris au fil de la plume.
Marie: j'espère que ça a plu...
Easykitchen: je crois qu'on se construit beaucoup dans ces moments de solitude, quand on est responsable de soi-même

01 octobre, 2010 00:12  
Anonymous voyance gratuite par mail said...

Merci beaucoup pour ce site et toutes les informations qu’il regorge. Je le trouve très intéressant et je le conseille à tous ! Bonne continuation à vous. Amicalement .

27 juin, 2014 10:55  

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